Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/26

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A cette minute où si souvent un éclair illumine notre âme, il se demande : « Suis-je abandonné ? Quel est mon sort ? Dans quel monde invisible vais-je entrer ? » La nature ne lui répond rien. Elle l’écrase. Il est tombé à terre, désarmé ; longuement il appelle, puis il courbe la tête, il se soumet, soit au silence terrible, soit à une voix qui lui répond et qui l’enchante ; il s’abandonne aux mains de la mort avec le sentiment de son ignorance devant quelque chose de sacré.

Quelle image prodigieuse, dont je n’épuise pas les leçons, ni le drame, cet ancêtre qui meurt auprès de son feu, entre ces hautes vitrines garnies des silex éclatés dont il faisait ses flèches et ses haches ! Son angoisse suprême est exposée devant tous ; nous pouvons l’étudier tout aussi commodément que les outils de son industrie. Cette petite salle du Muséum est un des miracles du monde. C’est un de ces lieux où l’on n’est pas en présence d’un individu, mais en présence de l’Homme (de la même manière qu’en écoutant certaines réflexions de Pascal, c’est l’Homme que l’on entend penser). Dans cette vitrine de notre aïeul, j’entends, je vois les premiers vagissemens de la science et de la religion. Sur ce frêle débris a passé, aussi fugitif qu’un frisson de lumière, une angoisse qui traverse les générations avec une puissance qu’aucune mort n’arrête, qui nous rejoint et ne s’éteindra qu’avec le dernier homme. L’histoire de cette angoisse-là, c’est l’histoire du divin à travers l’humanité. Quel insensé croirait pouvoir écarter cette supplication venue du fond des âges et qui trouve sa voix, à chaque heure du jour, dans la liturgie de l’église de mon village ?


XII. DEUXIÈME DISCOURS DES ÉGLISES

25 novembre 1912.

C’est pour aujourd’hui. A mon banc, j’attends mon tour de parole avec un fond d’inquiétude. Au dernier moment, plusieurs jeunes radicaux et radicaux-socialistes viennent de m’écrire pour me reprendre les signatures qu’ils m’avaient données. Nous étions bien d’accord pourtant ; nous avions reconnu paisiblement, à tête reposée, que pour des raisons diverses nous