Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/40

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(Applaudissemens au centre et à droite.) Ce qui est impossible ; c’est que le parti qui a la responsabilité du pouvoir ajourne plus longtemps d’agir. (Nouveaux applaudissemens.) Cela ne lui est permis que s’il se connaît, au secret de son cœur, froidement décidé à accepter la mort des églises. Et, dans ce cas, expliquez vos mobiles, dites le fond de votre pensée, déclarez durement mais nettement : « Ce qui nous gêne dans les églises… »

M. CHARLES BEAUQUIER. — C’est la religion.

M. MAURICE BARRÈS. —… « c’est qu’elles sont autre chose que des monumens, c’est qu’elles sont une idée, et cette idée, nous ne voulons plus la voir debout au milieu des villages. » Cela, c’est une doctrine. Affreuse, mais qui possède une longue tradition. Elle a des représentans fameux. Edgar Quinet aurait voulu voir toutes nos églises par terre, et je sais de lui un mot qui jette dans cette discussion comme une lueur de pétrole. (Exclamations à gauche.) Il ne pardonnait pas à Robespierre d’avoir, par son décret de décembre 1793, arrêté le mouvement des iconoclastes hébertistes et la dévastation générale des édifices catholiques. « Ce jour-là, déclarait-il avec amertume, Robespierre fit plus pour l’ancienne religion que les Torquemada et les saint Dominique. »

Est-ce là votre pensée ? Etes-vous d’accord avec Hébert et avec Edgar Quinet dans cette doctrine de dévastation et de ruine ? Etes-vous de ceux qui, après avoir jeté pendant des siècles leurs sarcasmes et leurs injures contre les hautes murailles pieuses, croient le moment venu de les pousser à terre ? Alors, venez à cette tribune ; osez dire ce qu’au même Quinet écrivait Michel de Bourges : « Puissé-je m’endormir de mon dernier sommeil au bruit des temples catholiques s’écroulant sous les coups du marteau populaire ! » Venez à cette tribune, étalez vos raisons, faites circuler les urnes comptez les bulletins, osez décréter la mort de nos 40 000 églises paroissiales, de nos innombrables chapelles, calvaires, croix de carrefour, croix de cimetière. (Applaudissemens à droite et au centre.) Donnez ordre qu’on les jette bas. Vous vous en défendez ? Hé ! ne voyez-vous pas qu’en la rendant inévitable, sans la décréter, cette ruine, vous vous souillez d’un crime aggravé d’hypocrisie ? (Nouveaux applaudissemens sur les mêmes bancs.)

Il n’est pas digne de cette Assemblée, et il n’est de l’intérêt