Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/445

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Ô Rabat, qui dira ta splendeur et ta grâce,
Par les après-midi des mystiques printemps,
Ô perle du Moghreb que l’Atlantique embrasse,
Parure du Prophète et gloire des Sultans.,


JARDIN DE LA MAMOUNIA


Jardin de la Mamounial Jardin céleste !
Ô paradis bien clos entre des murs croulans !
Douceur de l’eau qui passe et dont la fraîcheur reste,
        Sous la vigne aux souples élans !

Beaux rameaux balancés par la brise éternelle,
La brise qui s’en vient des pentes de l’Atlas,
Et porte de la neige encore sur son aile,
        Baume léger pour les cœurs las !

OÔ jardin qui contiens mille charmes ensemble,
Beau jardin féminin, sourire et volupté,
Qui poses sur le front, comme un voile qui tremble,
        L’ombre mêlée à la clarté !

Ô jardin ! Ô jardin ! confident de mon âme !
Toi qui sais caresser si mollement les sens,
Épanche ta langueur, exhale ton cinname,
        Et tes longs philtres apaisans !

Le printemps du Moghreb, allégresse du monde,
A touché tes vergers d’un doigt magicien,
Et de ton humus noir que la saison féconde,
        Monte ton faste aérien.

Tes orangers, pressant leurs têtes inégales,
Enveloppent leurs fruits dans des écrins de fleurs,
Chaque orange côtoie un millier de pétales,
        Boule rouge dans des pâleurs.

Tes cyprès dont s’émeut la pointe délicate,
Bercés par le flot calme et transparent de l’air,
Écrivent sur l’azur quelque belle sourate
        En marge d’un nuage clair.