Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/46

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réparations de tous les édifices cultuels ? Ce serait dire que ces églises sont des organes d’un service public et national, ce serait donner un démenti formel à la loi de Séparation.

Les radicaux applaudissent. En effet, je ne vois rien de bon pour nous dans toutes ces phrases de Steeg. Mais, attention ! voici qu’il indique comme « susceptible d’un examen très attentif et même bienveillant » l’idée de permettre au Gouvernement « de venir en aide aux communes qui croiraient devoir assumer des dépenses facultatives mais utiles, pour assurer la conservation des édifices communaux affectés au culte. »

Bravo ! très bien ! Je suis aux anges ! Je me garde d’applaudir et même d’approuver de la tête ce prudent, cet excellent navigateur. Il connaît les écueils et le vent. Tout à l’heure il louvoyait pour franchir plus sûrement la passe et mieux gagner la haute mer. Laissons-le manœuvrer. C’est bataille gagnée… Mais quoi ! voici qu’il s’arrête, se retourne, se dédit… Qu’a-t-il à me parler de Port-Royal, de « ses murailles rasées, de son église démolie, de ses tombeaux profanés ? » Un chant de mort se dégage du milieu de ses argumens ; il entonne une hymne de revanche :

— L’église fut autrefois le centre et comme le foyer de vie intellectuelle, morale et sociale du village. Elle tenait lieu d’école et de maison commune. C’est un fait, mais un fait du passé. Ce qu’elle était, elle ne l’est plus. Il faut le reconnaître, et l’église ne le reconnaît pas toujours, monsieur Barrès. C’est peut-être ce qui explique ces inimitiés obstinées, tenaces et de mauvais goût que vous signaliez ; elle se dresse en concurrente passionnée et organisée de la société civile qu’a fait surgir la vie moderne…

Et c’est une longue philosophie de l’histoire, un rappel de tous les temples, de toutes les religions dont les débris jonchent le sol. Est-ce donc qu’il justifie la désolation des églises de France ? Il se l’explique. Il préférerait la conciliation, certes ! mais… « encore faut-il que dans cette œuvre de conciliation rien ne vienne s’interposer qui puisse contrarier ou annihiler l’effet de nos bienveillantes dispositions. » Et pour conclure il demande l’ajournement, le renvoi à la Commission du budget.

Pauvres églises ! Aux yeux de M. Steeg et du Gouvernement le moment de les sauver n’est pas venu. Tout à l’heure, quand