Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/705

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Siegmund, annonciation de mort, et d’une mort prochaine ! La pitié encore, toujours, et plus que jamais divine, inspire les sublimes adieux de Wotan. Plus exaltée ou plus retenue, c’est elle qui tantôt en précipite et tantôt en ralentit le cours.

Le même sentiment, on peut dire la même passion charitable, à tous les degrés, anime d’un bout à l’autre l’œuvre suprême de Wagner. « Mortellement atteint d’une flèche empennée, » un cygne en est le premier objet. L’épisode nous paraît être de ceux, qui ne manquent pas chez Wagner, où se mêle à beaucoup de poésie quelque puérilité. On ne peut s’empêcher de trouver que, pour la mort d’un oiseau, fût-il sacré, voilà bien des embarras et de la sensiblerie. Musicalement, l’oraison et la marche funèbre du volatile défunt sont de charmantes choses. De plus, on ne manque jamais, à cet endroit, d’évoquer et d’invoquer saint François d’Assise. Mais il nous souvient aussi, malgré nous, de notre La Fontaine, que nous citions à l’instant, et qui, dans une autre fable, à propos d’un pigeon, sinon d’un cygne, et d’un « fripon d’enfant » comme Parsifal, se contente de soupirer : « Cet âge est sans pitié. »

La pitié, nous l’avons dit, ne s’éveille dans le cœur du Pur-Simple que sous l’impur baiser de Kundry. Et cet éveil, ou plutôt cette explosion ; cet effet, non seulement imprévu, mais en quelque sorte contraire, et foudroyant, de cette cause, voilà qui peut compter parmi les coups les plus étonnans que frappa jamais le génie dramatique et musical de Richard Wagner. Le choc en retour est prodigieux. Là où nous attendions l’éclat de la sensualité, le déchaînement de toutes les puissances de la chair, l’âme seule éclate et triomphe. Dans l’interminable, l’accablant dialogue entre Parsifal et Kundry, qui remplit à peu près tout le second acte, c’est peut-être l’unique moment de beauté, mais de beauté sublime. Heureusement, il dure. Sous les paroles, ou plutôt sous les plaintes et presque les cris de Parsifal, un des grands thèmes religieux du premier acte, le plus grand même, se développe, mais se développe en se déchirant. De rudes modulations l’altèrent, le tourmentent. En des tonalités, à des hauteurs diverses, toujours plus gémissant et plus âpre, il va et vient, se détourne, s’enroule et, par momens, se tord. La douleur enfin, la douleur du roi, contemplée hier vainement, s’est faite sensible, bien plus, cruelle, atroce à l’âme de l’enfant. Elle est devenue sa propre douleur. Moralement, encore une fois, cela est admirable, et musicalement ce n’est pas moins beau. C’est beau comme du Beethoven à la dernière puissance et, si l’on veut, exaspéré ; c’est beau suivant le mode ou l’un des modes favoris du