Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 19.djvu/93

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la ville, le Tombouctou-Koï annonçait au peuple les victoires de l’Askia, ses conquêtes au Diaga, l’invasion du Mossi, la mise en vente des captifs ramenés du Yatenga, du Bagana, du Mali, du Bariba, régions du Niger, puis du Galam sénégalais, de Nioro même, enfin du pays Haoussa, de l’Air, et d’Agadès. Au milieu de ses négriers enrichis très vite ainsi, le maire jouissait d’un prestige suffisant pour intercéder au nom de la ville, près de Moussa, le fils et successeur de Mohammed, passant là pour combattre ses frères compétiteurs non loin de Kabara. Après leur défaite, Moussa, politique habile, épargna solennellement la vie des fugitifs accueillis par le Tombouctou-Koï. Le troisième Askia Bengan-Koreï redoutait moins les conséquences d’une guerre malheureuse que les railleries de Tombouctou et de son élite spirituelle. Pourtant détrôné, il s’y réfugia quelques jours. Les cavaliers de son frère Ismaïl n’osèrent l’y saisir. Tombouctou s’enrichissait toujours plus. Ses négocians dirigeaient des colonnes d’esclaves vers le Maroc et la Tripolitaine. Sous le quatrième Askia, les crieurs vendaient cinquante centimes les captifs qu’on amenait du Gourma envahi. Serviteurs et concubines pullulaient dans les maisons plus nombreuses des marchands, ainsi que les monnaies reçues de la Méditerranée barbaresque en échange des esclaves les plus aptes à supporter les fatigues du voyage saharien. Sous l’Askia-Issihak Ier, Tombouctou pouvait offrir 70 000 pièces au griot de l’Empereur. Sans arrêt, les guerres souvent heureuses des Askias valurent aux négriers de Tombouctou mille fortunes. Daoud paya la reconstruction de la grande mosquée pour laquelle il envoya, de Gao, 4 000 poutres de bois kanko, ces poutres dont le touriste peut encore pousser du pied quelques fragmens au milieu des ruines.

A cette époque sans doute, les nouveaux riches édifièrent une partie de la ville centrale, telle que nous la voyons aujourd’hui. Selon les esthétiques du Maroc ou celles de l’Egypte, les architectes instruisirent les maçons bambaras à mieux préparer le moulage des briques ovales, à les superposer correctement, à former la solide épaisseur des murs, à soutenir les terrasses agréables pour la fraîcheur de la nuit, à mesurer les chambres des femmes et les magasins des hommes autour du patio intérieur, à parer les façades des notables, en les décorant de merIons coniques, en leur appliquant des obélisques d’argile, en