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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Nous apprenons trop tard le résultat des élections du 26 avril pour pouvoir en parler avec tout le développement que nous aurions désiré : d’autre part, il y a 251 ballottages sur 602 députés à élire. Mais on peut dire dès maintenant que la nouvelle Chambre ressemblera à l’ancienne. Aucun mouvement d’ensemble n’a eu lieu, aucun courant ne s’est manifesté, d’où il faut conclure que le pays, n’ayant pas souffert jusqu’ici dans ses intérêts matériels, n’a pas encore compris la gravité de la situation. Ce n’est pourtant pas que les leçons de chose lui aient manqué depuis quelques mois ; il n’en a pas saisi toute la portée ; il y est resté à peu près indifférent. La réélection de M. Caillaux à Mamers précise le caractère de cette première journée électorale. Beati possidentes ! Ceux qui étaient en place y restent.

Mais si les hommes d’hier reviennent un peu partout, aucun changement ne s’est-il produit en eux ? Dans un grand nombre de circonscriptions, les radicaux-socialistes et les socialistes eux-mêmes ont dû, pour se faire réélire, apporter de telles atténuations à leur programme, que la différence avec celui des modérés et des libéraux est devenu presque insensible : les électeurs ont pu s’y tromper. Le programme de Pau, une fois descendu de ce bruyant Sinaï, s’est altéré au point de devenir méconnaissable. Les compères en riaient entre eux ; seul, M. Camille Pelletan a crié au scandale et en a poussé un gémissement plein de mélancolie. Les radicaux-socialistes ont tenu à passer outre et se sont déclarés à qui mieux, mieux partisans du service de trois ans, de la réforme électorale et de l’impôt sur le revenu sans déclaration contrôlée. Pourquoi cette nouvelle altitude, sinon parce qu’ils l’ont sentie conforme à l’opinion du pays et qu’ils voulaient être réélus ? Ils ont pris l’air du dehors