Page:Revue des Deux Mondes - 1915 - tome 27.djvu/94

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du nom de régionalisme. Le régionalisme en Espagne se fonde essentiellement, sinon exclusivement, sur la langue ; ainsi le régionalisme catalan, le plus important de tous, ne répond pas à ce qui constituait autrefois le territoire de la couronne d’Aragon ; il exclut précisément la province d’Aragon de langue castillane, et n’englobe que les pays de langue catalane., Il en est de même des régionalismes basque et galicien, qui dépendent aussi de la langue. Un autre trait de ces groupemens, c’est qu’ils s’épanchent par-delà les frontières politiques ; mais seul le régionalisme catalan y a bien réussi, notre Roussillon, grâce au dialecte qui y est parlé par toutes les classes, formant avec la Catalogne une unité linguistique suffisante, sinon parfaite ; tandis que Basques espagnols et Basques français ne se comprennent que très difficilement. La langue étant le grand trait d’union entre les hommes, on conçoit que nous ayons trouvé, auprès des Catalans d’Espagne, dans les circonstances présentes, de très vives sympathies. A Barcelone, on discute autant qu’à Madrid ; mais, malgré tous les efforts du Service d’informations allemand installé en cette ville et qui, sur un ton alternativement matamore et sentimental, prodigue ses réclames, nos amis ne se laissent pas endoctriner par cette littérature trop manifestement mensongère. A peu près tout ce qui porte un nom dans les sciences, les lettres, l’art, le haut commerce et la grande industrie s’est prononcé énergiquement en faveur de la France et de l’Angleterre, dans des manifestes publics ou des lettres privées dont nous avons les mains pleines. Le fait aussi que notre généralissime appartient à une famille roussillonnaise a beaucoup contribué à resserrer des liens que les hasards de la politique n’ont jamais complètement détendus. Nos bons voisins du Sud-Est aiment à dire que nos succès militaires sont de la gloire catalane, et nous n’y voyons certes aucun inconvénient. Une seule note discordante nous a été apportée par le Manifeste des amis de l’unité morale européenne, daté de Barcelone, le 27 novembre 1914, morceau d’un humanitarisme nuageux et en apparence anodin, mais qui cachait, paraît-il, de la part de quelques signataires au moins, une tentative de justifier la cause allemande ; aussi plusieurs de ceux qui y avaient d’abord mis leur nom se sont-ils empressés de le retirer, entre autres M. Massó Torrents, l’un des membres les plus justement estimés de l’Institut des Etudes catalanes.