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les nitrates chiliens du désert d’Atacama, pour les phosphates d’Algérie ou de Tunisie. Souvent le peuplement qui en résulte est rapide ; avec la plupart des minerais, il est éphémère : une fois le gisement épuisé, le camp minier disparaît presque aussi vite qu’il s’est construit. Pendant une courte période d’abondance, la substance extraite de terre rassemble seulement des mineurs ou des métallurgistes ; bientôt exportée au loin, elle ne suscite sur la mine que l’industrie restreinte destinée à séparer un métal de sa gangue et à l’élaborer sommairement. La prospérité ainsi créée par un coup de baguette n’acquiert donc un caractère relativement durable que dans la mesure où l’établissement de voies ferrées, de ports, de centres commerciaux qui en est résulté, a pu susciter d’autres industries, a permis la mise en valeur du sol, a préparé une colonisation agricole, destinée elle-même à se perpétuer d’une façon indépendante. Le cas de la houille seul est différent : d’abord, parce que la mine de houille renferme très généralement un tonnage de matière utile incomparablement supérieur à celui d’une mine métallique ; ensuite et surtout, parce que la houille, au lieu d’être le but définitif de l’effort accompli comme l’or, l’argent ou le cuivre, ou de n’exercer du moins son action efficace qu’à longue distance, est elle-même un instrument, un agent de travail, une énergie prête à revivre.

Dans le pays privilégié où la présence de la houille se trouve révélée, tendent aussitôt à se développer avec elle et par elle toutes les industries d’élaboration, de fabrication, de transport, qui vivent de la houille et qui, dans les conditions industrielles modernes, ne peuvent pour ainsi dire pas vivre sans elle, malgré l’appoint fourni dans ces dernières années par d’autres énergies, la houille blanche ou le pétrole. L’une après l’autre et l’une par l’autre, les industries bourgeonnent alors en se multipliant comme peuvent le faire les cellules dans la vie d’un être organisé. Comparer un pays qui possède la houille à un autre qui en est privé, c’est faire une expérience analogue à celle de Franklin répandant du plâtre sur certains points d’un champ de trèfle : on voit immédiatement la croissance se produire là où est tombée cette rosée fécondante.

La houille est notre pierre philosophale, elle est le magique talisman des temps modernes, grâce auquel nos héros de légendes pénètrent dans les châteaux féeriques où des trésors