Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/114

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qu’elles durent longtemps. On a prédit que les peuples, épuisés par l’effort gigantesque de la mobilisation, ne résisteraient pas plus de quelques semaines à l’arrêt de la vie industrielle et commerciale. L’événement n’a pas confirmé ces pronostics.

Pourquoi la guerre serait-elle courte ? Aux temps très lointains où l’agriculture était à peu près le seul travail, les guerres pouvaient se prolonger indéfiniment. Elles ne trouvaient leur terme nécessaire que dans l’extinction d’un des partis, lorsque tous ses combattans avaient été tués ou emmenés en esclavage. Le matériel militaire, réduit à quelques espèces d’armes blanches, ne s’usait pour ainsi dire pas. Et quant aux substances ou ustensiles indispensables à une vie extrêmement simple, ce n’était guère l’affaire des hommes. Il suffisait d’une brève interruption dans les combats pour prendre soin des récoltes : les femmes et les enfans pourvoyaient au surplus.

La vie civilisée nous met moins à l’aise pour supporter l’état de guerre. Une grande partie des complications qui la constituent exigent beaucoup de conditions qui sont alors difficiles à réaliser. Chacune des mille jouissances ou commodités quotidiennes devenues nécessaires aux hommes résulte d’un concours de nombreuses activités pacifiques. Elle nous échappe si un seul de ses élémens vient à manquer, parce que des ouvriers sont partis, ou que des usines sont occupées militairement, endommagées, détournées de leur travail ordinaire, etc.

On se passe de bien des choses : il y en a dont on ne saurait se passer. On peut, en quelque sorte, rétrograder vers un état antérieur de civilisation, là où il ne s’agit, après tout, que de se priver de quelques agrémens personnels. Mais la victoire repose sur les mêmes moyens que le bien-être ; et ses exigences, à elle, sont irréductibles. On sacrifierait sans peine, par exemple les trains de villégiature ; mais il faudra toujours des trains de troupes, et, dès lors, tout ce que suppose l’exploitation des chemins de fer.

Pour ce qui concerne les hommes, on n’en est plus aux massacres du temps jadis. En dépit des apparences, les combats deviennent moins meurtriers, à mesure que les armes sont plus terribles. Nos obus font surtout des blessés, dont la plupart reviennent au feu au bout de quelques semaines. La tendance sera toujours de pousser la dépense en moyens matériels jusqu’aux limites extrêmes, afin d’obtenir les résultats