Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/475

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de la question des loyers, autre question fort épineuse, qui n’est aisée à prendre d’aucun côté, et où toute la marge qui lui est laissée va du point où elle peut être certaine de ne contenter ni les uns ni les autres au point où elle peut être menacée de mécontenter et les uns et les autres. Voilà le danger de toucher à tout, de s’y mêler ou d’y être mêlée, le moindre inconvénient de la permanence, de l’omnipotence et de l’omnicompétence. Tant que la Chambre siège, il faut qu’elle s’occupe ; or, cette année, elle n’a pas cessé de siéger. Le moment est même revenu où, aux termes de la Constitution, il lui est impossible de ne pas siéger. Le deuxième mardi de janvier, date fatidique, les deux Chambres se réunissent de plein droit. Elles se réunissent nécessairement, pour une session qui doit durer au moins cinq mois, qui, en fait, a duré les douze mois de 1915, car la session ordinaire n’a pas été close en juillet, comme de coutume ; et, en octobre ou novembre, n’a pas été ouverte, comme de coutume, une session extraordinaire. Le gouvernement, tout en maintenant théoriquement son droit, avait juré de n’en point user, pour des considérations qu’il connaît mieux que personne, mais que tout le monde connaît tout de même un peu. Il n’y a donc pas eu la plus petite solution de continuité ; pas un intervalle de trois jours ; ç’a été le bloc sans fissure ; qu’on me passe cet emploi de la comparaison, c’est la tunique sans couture, et la Chambre est sortie de 1915, entrée en 1916, sans que rien marquât pour elle, comme rien du reste ne le marque dans la réalité, cette espèce de déclenchement du temps que notre esprit compte seul, entre une année qui finit et une année qui commence. Pour ne pas l’entendre retentir en elle, elle avait eu la précaution de charger son président de la convoquer avant même le 11 janvier, s’il survenait quelque chose d’urgent ; et son président, par bonheur, a pu lui laisser ses vacances de Noël et nous les laisser, si tristes, si voilées, mais si pieuses que tant de deuils et de misères les fassent. Nous avons pu du moins nous recueillir : en de tels instans, se recueillir, c’est se retremper.

Mais pourtant soyons équitables : il n’y a à redouter que les excès de zèle. Même un léger bourdonnement de mouches n’est pas tout à fait inutile autour des chevaux qui tirent le coche. Les commissions parlementaires, dont on a quelquefois blâmé les bavardages, n’ont pas été sans rendre des services. Il s’agit seulement d’obtenir d’elles qu’elles s’imposent une discipline, et prennent garde d’elles-mêmes à ce que leur curiosité ne s’achève pas en indiscrétion, leurs observations en polémique, et finalement leur surveillance en gêne. Plus