Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 31.djvu/479

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circonstances, voilà un procès sur lequel nous accepterons volontiers la sentence des neutres. Mais quoi ! Allons-nous discuter, en fait, avec les deux empires qui ont vu successivement expulser des États-Unis, pour abus de leurs fonctions, leurs attachés militaire et naval, leur ambassadeur même, un Dumba et un Boy-Ed ? Allons-nous discuter, en droit, avec l’Allemagne et l’Autriche ? Qu’elles cherchent ailleurs des naïfs qui, les suivant sur ce terrain, consentent à les réhabiliter. Pour nous, quoique le soin de notre défense nous oblige à croiser le fer avec eux, les bourreaux de la Belgique et de la Serbie, ceux qui ont brûlé Louvain, détruit Arras, saccagé Reims, inventé les gaz asphyxians, torpillé paquebots et navires de commerce, martyrisé vieillards, femmes et enfans, emmené comme des troupeaux et voué à toutes les misères des populations innocentes, sont et demeurent disqualifiés. L’humanité tout entière leur dénie le droit de se réclamer du droit.

Mais ils ont prétendu faire marcher M. Skouloudis. Sur leurs instances menaçantes, des explications auraient été demandées, au nom du gouvernement hellénique, par le lieutenant-colonel Tricoupis, chef d’état-major de la troisième division, à M. le général Sarrail, et une protestation aurait été rédigée par le ministère lui-même, qui y aurait exprimé vivement la colère, et peut-être un autre sentiment mieux caché, de ses membres les plus germanophiles. Les gazettes impériales, qui relatent cette double démarche, prêtent au général français une réponse qu’il n’a certainement pas faite et donnent de la note remise au gouvernement anglais et au nôtre une version que nous ne garantissons pas, mais que les Münchener Neueste Nachrkhten présentent triomphale ment à leurs lecteurs. Si cette note a été réellement envoyée, une autre, par compensation, était, dans le même temps, adressée aux Austro-Allemands pour protester contre le bombardement de Salonique par les Aviatiks et les Albatros, car c’est encore une manière de violer, du haut des airs, la souveraineté, la neutralité et même la sécurité de la Grèce. On voit que, faute d’avoir adopté une attitude, le gouvernement grec, à son grand déplaisir, est contraint de s’en ménager deux.

Distinguons au surplus et décomposons cette entité, le gouvernement. Il y a le Roi, qui seul est populaire et dont la popularité est faite de la volonté qu’on lui sait de ne pas se battre aujourd’hui, non moins que de l’admiration qu’on lui garde pour s’être autrefois bien battu. Mais le roi Constantin, murmurent les indiscrets, ne gagerait plus, avec autant d’entrain, que, même dans les Balkans, la