Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 34.djvu/26

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littéraires, philosophiques ou sociaux. L’un d’eux, grand amateur d’Horace, nous déclamait le Carmen sæculare ou l’Ode à la République : O navis, referent in mare te novi fluctus… Il me semblait ressaisir là quelque chose de ce qui fut l’âme de nos armées de l’An II, l’esprit qui animait nos officiers de ce temps-là, jeunes bourgeois transformés en guerriers, aussi férus d’antiquité latine que de chimères républicaines. Depuis leur départ, j’ai reçu d’eux des lettres qui me prouvent que, malgré la rigueur de l’offensive autrichienne et les rudes épreuves endurées, leur foi patriotique n’a pas faibli. Au début de cette offensive, un de ces officiers m’écrivait : « Nous travaillons avec zèle et allégresse. Espérons que cet énorme effort aidera au triomphe du Droit et que la Latinité affirmera encore une fois sa suprématie sur la Force brutale. » Et, quelques jours après : « La lutte est dure, mais nous sommes soutenus par une foi immense, qui n’a d’égales que les atrocités d’un ennemi qui méconnaît les lois de la civilisation et qui foule aux pieds le droit des nations. » Dans ces phrases et d’autres pareilles, outre le bel élan de bravoure et de générosité, nos démocrates français peuvent admirer le style et les idées qui leur sont chers.

A côté de ces républicains selon notre formule traditionnelle, les radicaux monarchiques et les socialistes indépendans, qui se rattachent à leur groupe, paraissent non pas plus froids, mais plus circonspects. Ce sont gens de bon sens et d’esprit positif, ce qui ne les empêche pas d’être, à l’occasion, comme, par exemple, M. Bissolati, des orateurs de grande envolée. Ceux-là supputent les maux de la guerre, — cette guerre qu’ils ont voulue, — ils en envisagent courageusement toutes les conséquences. Ils vous disent que l’armée n’était pas prête, qu’on a dû tout improviser en quelques mois, et que, peut-être, en France, on ne rend pas suffisamment justice à ce difficile travail de préparation. Ils s’inquiètent de la situation qui va être faite à leur pays, au lendemain de la paix. Outre des attaches intellectuelles déjà anciennes, il va falloir rompre des relations financières, industrielles et commerciales, qui pourtant donnaient toute satisfaction à l’Italie. Il va falloir lui créer une nouvelle assiette économique : ce ne sera pas l’œuvre d’un jour ! Ils considèrent aussi les difficultés intérieures, qui, à l’heure qu’il est, requièrent toujours la plus grande attention. Si vous témoignez devant eux quelque étonnement de ce que