Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 34.djvu/28

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italiens. Les nationalistes, — car ce sont eux dont il s’agit, — les tournent volontiers en ridicule, en les appelant « des Français honoraires. » Un de leurs plus brillans et vigoureux polémistes, Francesco Coppola, écrivait récemment dans l’Idea nazionale : « Il était naturel que les partis démocratiques italiens, qui tiraient leurs origines et leur décalogue idéologique de la Révolution française, et qui voyaient dans la république radicale-socialiste de nos voisins le prototype et le modèle de leurs réalisations hypothétiques, sentissent leur fortune liée à celle de la France. Sous son nom, c’étaient eux-mêmes qu’ils défendaient et qu’ils exaltaient… A ceux-là, la guerre européenne, avant même qu’elle fût déclarée, apparut naturellement sous l’angle visuel français, — comme un nouveau duel franco-prussien, multiplié par l’Europe : un nouvel épisode de l’éternel conflit entre la Civilisation et la Barbarie, entre le Bien et le Mal, entre la Lumière et les Ténèbres, entre le Marduk et le Tiamât du mythe babylonien, un conflit jugé a priori. Ils voulurent la neutralité italienne, non point parce que les nécessités historiques de l’Italie le voulaient ainsi, — ils ne les connaissaient pas plus qu’ils n’en avaient souci, — mais parce que l’idée de combattre contre « notre chère France de Quatre-vingt-neuf » leur apparaissait comme une monstruosité et comme un parricide. Ils ont voulu l’intervention de l’Italie, non point parce que les nécessités dynamiques de notre avenir l’exigeaient, — mais parce qu’il fallait à tout prix recouvrer la parfaite moralité et le souverain Bien de l’alliance française, parce que, surtout, il fallait, à n’importe quel prix, sauver la France, non seulement la France, comme synonyme de la Civilisation, de la Liberté, de la Justice, du Progrès, mais purement et simplement en tant que France, c’est-à-dire comme leur patrie honoraire. »

Et l’irascible adversaire concluait ainsi son réquisitoire : « Aujourd’hui, s’ils demandent encore quelque chose, c’est une plus vaste action de l’Italie, au sens français, belge ou serbe du mot, et jamais au sens italien. Pour eux, l’Italie se confond et s’annule dans la Quadruplice, si bien qu’une victoire sur le front français ou sur le front italien leur semble « parfaitement équivalente. » Et ils nous reprochent, à nous, de parler, en ce moment, à nos alliés de France, le nécessaire langage de la nécessaire sincérité, grâce à laquelle seulement notre