Page:Revue des Deux Mondes - 1916 - tome 34.djvu/721

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infiniment, inéluctablement, plus permanentes et plus générales que ne pourrait l’être aucun contrôle qu’il plaise à la Chambre d’instituer et d’organiser. En ce qui concerne la force même, la vertu militaire des démocraties, il y aurait beaucoup à dire, et peut-être aux constatations de la seconde année de guerre s’opposeraient les leçons de la première; mais ce n’est pas le moment. Pour conclure vite et net sur ce sujet, sans nier les services du contrôle, il serait aveugle, il serait fou de mettre en balance le gouvernement, le commandement et le contrôle. Que le contrôle nous éclaire, mais que le gouvernement et le commandement nous sauvent! L’heure où il faut maintenir l’État à sa densité la plus lourde et la porter à sa plus haute tension est une heure où il faut, non le desserrer et le disperser, mais en faire aboutir tous les nerfs à la tête et tous les ressorts à la main.

Nos affaires vont bien, n’en troublons pas le cours, ne coupons pas la chance. Regardons plutôt en Allemagne, et félicitons-nous, Chez nous, cette question même des commissaires aux armées, quelque solution qu’elle reçoive, a déjà perdu, dans la discussion, beaucoup de son venin. De même, on avait pu ne pas accueillir sans méfiance la formation des Chambres en comité secret : leurs séances se sont heureusement terminées; « l’union sacrée » en est sortie plus solide, plus profonde, plus sincère qu’auparavant. En Allemagne, il y a bien encore une façade d’union, dont on bouche les lézardes, et que le sentiment national, la fidélité dynastique, l’instinct de la conservation, recrépissent, mais la fissure est sous l’enduit. « Quand il n’y a plus de foin au râtelier, » un proverbe français nous enseigne ce qui se passe. Ce n’est pas, comme on l’a trop dit, ou dit trop tôt, que l’Empire soit « affamé; » il n’est encore que très gêné; mais l’homme, et même l’Allemand, ne vit pas seulement de pain. Au degré d’orgueil délirant où ce peuple s’est spontanément et a été artificiellement élevé, le pain n’est plus le premier aliment. L’Allemagne supporte mieux un jour sans viande qu’elle ne supportera un jour sans illusion. La victoire se fait rare : de là, les polémiques sur « les buts de la guerre, » qui entretiennent le mirage, mais qui minent le terrain et préparent l’effondrement. L’Allemagne vit, non pas depuis deux ans, mais depuis quarante-six ans, sur le dogme, qui jusqu’alors n’avait pas rencontré d’hérétiques, de l’invincibilité de ses armes. Avant de partir en guerre, en partant, après qu’elle a été partie, elle n’a pensé qu’à ce qu’elle allait prendre. C’est dans le sens le plus matériel que, pour elle, la guerre est une industrie; elle la fait pour « gagner » : Germam ad prædam. Ses succès du commencement, ses