Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 41.djvu/342

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chercher au fond de leur sanctuaire pour les présenter au Sultan… Moulay Youssef prit tour à tour dans sa main les trois vieilles soies saintes, et les porta à ses lèvres, en s’inclinant sur son cheval dans un geste de vénération. Puis, on lui présenta la bannière de Sidi Bel-Abbès, patron de Marrakech, — de Marrakech la victorieuse, d’où se sont élancés jadis les guerriers qui partaient à la conquête de l’Espagne. Mais cette bannière ne se déploie que pendant la bataille, et durant les jours pacifiques elle reste enveloppée, tout en haut de sa hampe, comme un papillon invisible dans sa chrysalide de soie. Et cette fois encore, le Sultan se pencha sur sa haute selle orange.

Ensuite, et successivement, chacune des tribus qui participaient à la fête vint lui prêter l’hommage. Le lieutenant du Maître du Palais allait chercher les cavaliers rassemblés en lignes profondes sur un des côtés du carré et les. amenait face au Sultan. Du haut de son cheval, le Maître du Palais, la carabine au point comme un bâton de héraut d’armes, et délicieusement vêtu d’une soie couleur de ciel à travers un léger nuage, annonçait de sa voix retentissante, le nom de la tribu, ajoutant aussitôt la formule consacrée. : « Dieu allonge les jours de mon Maître ! » Et derrière lui, l’énorme nègre tout habillé de vert, à la barbe blanche et. frisée sur ses luisantes joues d’ébène, le Maître des Ecuries, répétait, d’une voix profonde, et le nom de la tribu et la vieille formule : « Dieu allonge les jours de mon Maître ! »

Alors, le Maître du Palais, se tournant vers les cavaliers, transmettait de sa même voix sonore la bénédiction du Sultan, qu’aussitôt reprenait, comme un écho subit, l’énorme Falstaff noir : « Soyez les bienvenus, vous dit mon Maître ! » Et tous les cavaliers, s’inclinant profondément sur leurs selles, répondaient d’une seule voix : « Que Dieu allonge les jours de mon Maître ! »

Et le Maître des cérémonies et son écho d’ébène reprenaient presque ensemble. « Que Dieu vous agrée, vous dit mon Maître ! » Et les autres s’inclinaient encore, et une fois encore répondaient : « Dieu allonge les jours de mon Maître ! »

Et pour la troisième fois, le Maître du Palais criait : « Que Dieu vous donne la vertu, vous dit mon Maître ! » Et les autres, encore une fois : « Dieu allonge les jours de mon