Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/251

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nous-mêmes établit que, si nous étions au début du XXe siècle la nation la plus malade des deux autres poisons, les mesures d’hygiène très timidement entreprises depuis une vingtaine d’années ont enrayé les progrès de la tuberculose [1] ; la prohibition de l’absinthe a, depuis la guerre, coupé court à l’ivresse la plus dangereuse. En résumé, si les trois iléaux que l’on s’accorde à considérer comme les plus menaçans pour le genre humain étaient des destructeurs immédiats de population, notre race serait plus forte qu’eux, puisqu’elle maintient encore à peu près le chiffre de sa natalité ? et s’ils conduisent à la stérilité quand une longue transmission les a rendus incurables, notre race encore n’est pas leur victime définitive, car il a suffi qu’elle commençât, et combien peu, la lutte contre eux pour ralentir leur progrès ; elle est donc capable de les vaincre. Chez nous leur contagion menace plus la qualité que la quantité des naissances.

Or, c’est la quantité qui diminue.

Diminue-t-elle par épuisement de la force génératrice dans notre race ? La race française n’existe pas seulement en France. Au Canada vivent les descendans des 62 000 Français qui y restèrent quand en 1763 notre domaine nous fut enlevé. Or au Canada les familles d’origine française continuent à avoir en moyenne de dix à douze enfans ; et dans les familles d’origine anglaise sept à huit. En Afrique, des colons français, en Alsace-Lorraine les habitans d’origine française ont des foyers féconds. En France même, les ménages sont fort inégalement prolifiques : il y a des régions où la rareté des enfans est devenue contagieuse ; il y a des régions dans lesquelles les anciennes mœurs maintiennent la vieille abondance. Et si l’on met en parallèle les diverses races, on constate que les foyers exceptionnels de vingt à vingt-cinq enfans sont surtout des foyers français.

La majorité de la race éprouve-t-elle en France pour le mariage cette satiété jadis mortelle à la Grèce et à Rome ? Là, quand la licence des mœurs eut détruit la société conjugale, celle-ci, réduite à une rencontre éphémère où chacun des époux se réservait la séparation des patrimoines, des intérêts, des

  1. « Sous l’influence de la chasse qui lui est faite, la tuberculose domine en Angleterre et en Allemagne, tandis qu’elle reste stationnaire chez nous. » Id., p. 165.