Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/445

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L’expérience montrait en effet qu’une brèche ouverte sur une telle étendue pouvait être difficilement aveuglée et avait le plus de chances de désorganiser l’adversaire. Grâce à ses disponibilités, l’Allemagne était capable de nourrir l’effort qu’elle nécessitait. Pourquoi nos ennemis n’ont-ils pas employé la supériorité écrasante de leurs moyens à accroître encore le front de l’attaque ? Sans doute, parce qu’ils voulaient ménager leurs ressources, dans l’ignorance où ils étaient de la réussite de leurs projets. On a discuté sur les raisons qui les ont poussés à choisir ce secteur. Le fait qu’il marquait la séparation des armées franco-anglaises a paru prépondérant. Il est rationnel de penser, en outre, que Ludendorff a voulu utiliser le terrain de son repli de mars 1918, parfaitement connu de lui. Ce terrain, consciencieusement ravagé, avait des chances d’être moins bien organisé que ceux dont les travaux défensifs étaient entrepris depuis longtemps. Il pouvait aussi nous paraître paradoxal que Ludendorff cherchât à rentrer en possession d’une zone volontairement abandonnée et ravagée, raisonnement qui, — si nous le faisions, — favoriserait l’incertitude dans laquelle doit se trouver l’ennemi. Enfin, Ludendorff savait qu’en cas de malheur, ses anciennes positions lui offriraient un point d’appui tout trouvé.

Quoi qu’il en soit de ces hypothèses, un fait primait toutes les raisons : Ludendorff croyait les Anglais plus faibles que nous. C’est l’éternel point de vue de l’Allemagne qui n’a jamais cherché que le succès immédiat. On l’a vue pendant deux ans refuser d’affronter à armes égales l’ennemi principal, au mépris He tout amour-propre militaire. Là où une faiblesse s’offrait à elle, elle y courait. Revenue sur le front occidental, elle choisit, entre deux ennemis, celui qu’elle juge le moins résistant.

Si l’on a soin de bien mettre en lumière cette volonté de succès, ce désir de trouver en face de soi l’adversaire en état d’infériorité, on se rendra mieux compte des diverses péripéties de la campagne de 1918.

Il est possible que nos ennemis aient songé à en finir d’un seul coup, à consommer en un premier choc la séparation des armées anglo-françaises. Toutefois, ce dessein est bien ambitieux au début d’une campagne, quand l’ennemi dispose de toutes ses réserves. L’exemple prouve et continue à prouver que l’avance de l’assaillant, si bien montée soit-elle, a des limites. Les armées