Page:Revue des Deux Mondes - 1919 - tome 50.djvu/238

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


modification intéressante a consisté dans une addition à l’article 2, addition proposée par MM. de Payer, Loebe, Posadowsky et Rieser, autrement dit : de droite et de gauche, et qui porte : « La Commission des États est formée des représentants des États libres allemands dont les gouvernements sont constitués sur la base des élections au scrutin général, égal, secret et direct. Jusqu’au 31 mars, les autres États libres peuvent également y envoyer des représentants. » Les autres États libres ? Si nous voulons savoir lesquels, comparons les deux paragraphes. Le premier dit : « Les Etats libres allemands. » Mais la restriction : « allemands » n’est point dans le deuxième. Du rapprochement il résulte que les États visés ou sollicités en dernier lieu sont des États présentement non allemands. En géographie et en droit public, sur la carte et dans les traités, ils s’appelaient jusqu’ici l’Autriche.

Quand les pouvoirs d’Empire ont été, par l’adoption du projet Preuss, provisoirement, mais suffisamment organisés, rien ne s’opposait plus et tout invitait à ce que les fonctions créées créassent aussitôt leurs organes. M. Ebert a été élu Président de l’État allemand par 277 voix sur 379 bulletins déposés (le total des membres de l’Assemblée est de 421). Le comte Posadowsky a obtenu 49 suffrages ; peut-on penser que ce furent 49 témoignages de regret et de fidélité à l’ancien régime ? MM. Erzberger et Scheidemann eurent chacun une voix, ce qui est plus gênant que de n’en avoir pas. En proclamant le résultat, le camarade David qui présidait, — et c’est bien là le cas de lui appliquer l’épithète de « camarade, » — fit un pompeux éloge de l’ouvrier sellier qu’une étonnante fortune, après l’avoir ballotté de métier en métier, donnait comme successeur aux Hohenzollern. Et puis, Ebert lui-même prit la parole. De sa réponse, pavée de bonnes intentions qui regardent surtout l’Allemagne, il n’y a pour nous à souligner qu’une phrase, celle-ci : « Nous ne voulons fonder notre État que sur la base du droit de libre disposition à l’intérieur et à l’extérieur. Pour l’amour du droit, nous ne voulons cependaut pas tolérer qu’on prive nos frères du droit de vote. » Ce « droit de libre disposition » que l’Allemagne revendique et dont elle se fait, « pour l’amour du droit, » le champion inattendu, nous le connaissons et le reconnaissons : c’est un signe aux Allemands d’Autriche ; quant aux Alsaciens-Lorrains, aux Danois, ou aux Polonais, pas un ne s’imaginera qu’un appel allemand à « nos frères » puisse s’adresser à eux ; ils n’ont pas si tôt oublié, jamais ils n’oublieront que, pour leurs droits et leurs libertés, la fraternité allemande avait un second terme, et que c’était : la mort.