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impression de désenchantement. Au lieu de l’enthousiasme auquel je m’attendais !

— Ne trouvez-vous pas, me dit-il, qu’il y a quelque chose de ridicule dans le fait qu’une poignée de manchots et d’estropiés veulent marcher à l’ennemi ?

Chingareff, lui, avait immédiatement senti combien la chose était grande et belle et point du tout ridicule.

… Nous avons la promesse définitive des orateurs. Encore une fois, tout est prêt : un seul point reste en suspens, le choix du président. C’est en son nom que doivent être faites les invitations au corps diplomatique. Rodzianko continue à refuser son concours…

Je me retourne vers Chingareff. Bon et complaisant comme toujours, il me conseille de solliciter, une dernière fois, le président de la Douma, et, à son défaut, de m’adresser à Kropotkine : il a l’estime de tous les partis. Enfin, après de nouveaux pourparlers, Rodzianko me rend visite : il m’expose combien il est hasardeux d’organiser une réunion publique quand des troubles peuvent surgir à chaque moment. Je lui mets sous les yeux la liste des orateurs inscrits ; il en prend connaissance ; il parait qu’elle lui fait bonne impression, car il finit par me promettre son concours, m’affirme qu’à moins d’événements imprévus, il présidera notre meeting, et ajoute :

— Vous le voyez : je tiens toujours mes promesses !


18 juin.

La Maison du Peuple, où va se tenir le meeting des invalides, est, toute la matinée, en pleine ébullition. Vers midi, la pluie qui tombait à torrents cesse et le ciel s’éclaircit soudain comme par enchantement.

Rodzianko arrive à deux heures précises : dans la cohue générale, il a passé inaperçu. C’est par hasard que je l’ai découvert dans le couloir. Il est maussade. Il me répète que, comme il m’en a prévenue l’autre jour, il ouvrira le meeting mais qu’il sera obligé de partir avant la fin.

Les loges réservées au corps diplomatique se remplissent peu à peu. Voici l’ambassadeur d’Italie, type d’homme du Nord, la barbe rousse, qui cause avec son petit collègue japonais. Le vieux ministre serbe, Spalaikovitch, coudoie un attaché français. Deux individus, dans le couloir, demandent le chemin