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pour lui par haine des républicains. Le vote des femmes lui est et pourra lui rester acquis s’il trouve le moyen de persuader aux suffragettes qu’il est prohibitionniste de cœur, sans décourager toutefois les anti-prohibitionnistes, qui, hors des États du Sud, sont nombreux dans le parti et demandent déjà des arrhes avec « la liqueur. » Il a, de plus, et s’il possède le savoir-faire, les plus grandes chances de recueillir le vote des éléments épars du troisième, éphémère et radical parti, qui a sombré dans les rivalités de personnes, les haines de factions et la lamentable tentative des premiers jours de juillet. La personnalité accusée enfin du gouverneur de l’Ohio, son éloquence et ses manières populaires sont de celles qui plaisent aux foules. Court plutôt que petit, droit, glabre, le regard autoritaire derrière le lorgnon, le geste bref, il s’impose par la confiance qu’il a en lui-même beaucoup plus que par la courtoisie de l’accueil. Mieux que son concurrent républicain, il est l’homme des vastes assemblées, des réunions de carrefour, des meetings populaires et des foules.

Les candidats, et les chances de chaque parti se présentant ainsi et s’égalisant ou presque, le résultat dépendra beaucoup de l’habileté avec laquelle la lutte sera conduite dans cette dernière phase de la campagne. Mais surtout il pourra dépendre, ainsi que toujours en politique, de facteurs psychologiques impondérables, des tendances accusées ou soupçonnées de l’un ou l’autre candidat devant tel problème national ou seulement local, d’une attaque de la dernière heure, peut-être seulement de la fatigue d’un pays qui a, durant huit années, subi un même régime et veut changer pour changer, de l’inclination naturelle enfin du public à rendre les gouvernements en place responsables de tous les maux ou des conditions mauvaises de vie dont, il souffre, — lesquelles dépendent presque toujours d’innombrables ou d’insondables causes, mais où les gouvernements ne sont que pour peu de chose ou pour rien. On peut prévoir actuellement que la lutte sera chaude et, si elle reste courtoise, sans merci. Toute autre prédiction ne serait encore qu’imagination.


GEORGES LECHARTIER.