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instrument déjà si puissant, en faisant voter la loi de trois ans qui lui assurait, pour le premier choc, le concours de troupes actives plus nombreuses et mieux entraînées ; et, parallèlement, il poursuivait le perfectionnement et l’utilisation la plus complète possible des unités de réserve. On a dit et on répète encore que le rôle des unités de réserve n’avait pas été envisagé dans la préparation militaire française. Légende absurde. Il existe, à l’Etat-major de l’armée, de nombreux mémoires établis pour la préparation du plan 17. Dans les diverses hypothèses envisagées, il était admis comme une donnée positive que l’Allemagne nous opposerait, dès le début de la guerre, au moins 14 ou 15 corps de réserve. En fait, c’est 15-corps et demi de réserve qui furent mis en ligne par l’Allemagne à la bataille des Frontières. Or, les efforts poursuivis pendant les dernières années qui précédèrent la guerre nous ont permis de mettre en ligne, à ce même moment, plus de 20 divisions de réserve indépendantes, et une vingtaine de brigades de réserve rattachées aux corps d’armée actifs.

Donc, et contrairement à ce que l’on pense généralement, l’effort d’utilisation des réserves reste à peu près comparable des deux côtés. Numériquement, et proportionnellement au chiffre de la population, celui de la France fut certainement plus grand.

Ce qui différa, c’est l’emploi qui fut fait au début, de part et d’autre, des forces en question. Les corps de réserve allemands furent employés comme corps actifs, tandis que chez nous, un certain nombre de brigades seulement furent incorporées dans les corps actifs ; les autres divisions de réserve, considérées comme indépendantes, étaient primitivement destinées à demeurer en seconde ligne ou à recevoir des missions défensives.

Il est facile de discerner la raison de ces différences dans l’utilisation des réserves. En Allemagne, l’abondance des ressources du recrutement permettait d’affecter aux corps de réserve envoyés sur le front des hommes des classes les plus jeunes pour lesquels un encadrement extrêmement solide avait été prévu ; tandis, qu’une fois nos réservistes des jeunes classes affectés aux corps actifs pour les compléter, nous devions former ensuite nos divisions de réserve avec des hommes sensiblement plus âgés, moins bien entraînés, ayant perdu depuis plus longtemps le contact avec le régiment. D’où la différence dans l’utilisation en Allemagne et en France des unités de