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vrai, sont encore mêlées de protestations pacifistes, de vives critiques dirigées contre les traineurs de sabre, le parti militaire, Harden, les pangermanistes qui servent la cupidité des grands industriels, et les frères Mannesmann[1]. Au même moment certains organes catholiques abandonnent l’attitude modérée qu’ils ont eue jusque-là : « Nous savons parfaitement, écrit à la date du 20 août 1911 un journal clérical, le Bayrischer Kurier, quels sacrifices imposerait une guerre, même au vainqueur allemand, et nous savons qu’elle serait notre dernier recours si nos intérêts vitaux de grande puissance indépendante se trouvaient menacés. Sous aucun prétexte nous ne les laisserons mettre en question. C’est là, et seulement là, que sont placées les limites de la paix. Il faut que le monde en soit bien convaincu. Et maintenant la parole est à la France dans la semaine anniversaire de Sedan. »

Ainsi, dès 1911, l’unanimité semble faite contre le grand pays autrefois allié en qui les vaincus de 1866, réduits en esclavage par les accords de Versailles, avaient longtemps placé leur suprême espérance. Que s’est-il donc passé ? Ceci tout simplement. Au moment d’Agadir, l’Empire allemand est parvenu à l’apogée de sa puissance. Par sa force, devant laquelle s’incline l’Europe entière, il fascine les imaginations germaniques qui en viennent à lui pardonner les violences dont il tire son origine. Par la prospérité matérielle qu’il assure ou promet à ses sujets, il invite les plus déshérités parmi ceux-ci à souhaiter un conflit militaire qui doit tourner au mieux de leurs intérêts et qui leur procurera, — leur voracité l’espère, — une richesse jusque-là refusée. Mais de tels sentiments ne produisent qu’un loyalisme conditionnel, destiné à s’effacer aussitôt que les causes qui l’engendrent auront disparu. Toutes les combinaisons restent possibles, même peut-être un retour vers cette France, dont au demeurant on n’a pas encore oublié les bienfaits, et qui, tant qu’elle subsistera, conservera des chances de devenir un jour ou l’autre, contre la Prusse envahissante, l’ultime sauvegarde du particularisme bavarois.


JULIEN ROVERE.

  1. Ib.,1er et 21 août, 4 septembre 1911.