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8 juin.

Elles ont eu lieu, ces élections tant attendues au premier Reichstag de la République allemande. A Mayence, elles se sont déroulées dans le plus grand calme : je suis même étonné de l’indifférence de beaucoup de Mayençais ; parmi ceux que je connais, j’en sais qui se sont absentés, et l’on me dit que la plupart des femmes n’ont pas voté. Serait-ce que rien de Berlin ne peut les toucher ? Ou plutôt que la politique ne les intéresse pas ?

On connaît les premiers résultats. Socialistes majoritaires et démocrates subissent ici comme ailleurs un échec écrasant, la Droite et les Indépendants gagnent des milliers de voix. Mais au fond, les étiquettes ne signifient pas grand’chose.

La presse d’Hugo Stinnes crie victoire des succès du Christliche Volkspartei. Mais cette aile droite des Centristes ne s’est détachée du vieux Centre que pour fuir les directions trop prussiennes d’Erzberger, et même de Trimborn, que Berlin a reconquis. La plupart de ses élus sont résolument fédéralistes, et leur vrai chef parait ce docteur Heim qui mène en Bavière avec un succès croissant la lutte contre le prussianisme. Le Centre lui-même, malgré sa timidité, compte, parmi ses députés rhénans, nombre de membres de l’Union de Boppard, dont la charte essentielle est l’autonomie de la Rhénanie. Il n’est pas jusqu’aux socialistes indépendants qui ne professent le « les von Berlin. » Un de leurs chefs rhénans, Smeels, a fondé un groupe nettement séparatiste, le Rheinische republikanische Volkspartei, qui compterait 70 000 adhérents. A la veille des élections, ce Smeets faisait paraître l’article le plus violent qui ait encore été publié en terre allemande contre la Prusse : « Peuple allemand, tu as toujours été la vache à lait de la soldatesque prussienne. » Quant aux socialistes majoritaires et aux démocrates, leur défaite est si complète qu’ils ne sauraient plus guère avoir d’action en ce pays. Même parmi eux, d’ailleurs, combien acceptent ou réclament l’autonomie ! N’est-ce pas un des leurs, le Dr Ulrich, président du conseil de la Hesse, qui avait lancé l’an dernier la grande idée d’une République du Rhin moyen ? En vérité, il semble bien que tous les partis rhénans soient d’accord sur cette grave question de l’autonomie de toutes les terres rhénanes. Et cela est si vrai que leurs élus, me