Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/267

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— Je venais de finir le Times, dit-il, en joignant ensemble l’extrémité de ses longs doigts. Lorsque je suis à New-York, mes matinées sont si chargées que je trouve plus commode de lire le journal après le déjeuner.

— C’est certainement une bonne habitude, approuva Mrs Archer. Mon oncle Egmont disait même qu’il trouvait moins excitant de ne lire les journaux du matin qu’après le dîner.

— Oui, mon cher père avait horreur de se presser. Mais nous vivons maintenant dans un mouvement vertigineux, dit Mr van der Luyden sur un ton mesuré, parcourant d’un regard satisfait le salon enlinceullé qui paraissait à Newland Archer une si parfaite image de l’existence de ses propriétaires.

— J’espère que vous aviez fini la lecture du journal, Henry ? demanda si femme avec une tendre sollicitude.

— Oui, oui, assura-t-il en souriant.

— Alors, je voudrais qu’Adeline vous dise…

— Oh ! c’est une affaire qui concerne surtout Newland, dit Mrs Archer. Et elle recommença le récit de l’affront infligé à Mrs Mingott.

— Aussi, termina-t-elle, Augusta Mingott et Mary Welland ont jugé nécessaire, à cause surtout des fiançailles de Newland, que vous et Henry soyez informés.

— Ah ! dit Mr van der Luyden.

Il y eut un long silence, pendant lequel le tic-tac de la pendule monumentale en bronze doré, placée sur la cheminée, résonna comme des coups de canon. Archer contemplait, avec le sentiment de leur majesté, ces deux silhouettes effacées, assises côte à côte dans une sorte de dignité royale, reste d’une autorité héréditaire. Le sort les obligeait à rester les arbitres sociaux de leur petit monde, la dernière cour d’appel du protocole mondain, alors qu’ils eussent préféré vivre dans la simplicité et la réclusion, entretenant leurs beaux jardins de Skuytercliff et faisant le soir des patiences.

Ce fut Mr van der Luyden qui rompit le silence.

— Vous croyez vraiment que toute cette histoire vient d’une intervention de Lawrence Lefferts ? demanda-t-il, en s’adressant à Archer.

— J’en suis certain. Larry Lefferts s’est compromis encore un peu plus que d’habitude dernièrement… ma cousine Louisa