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fourniture d’eau pour les chevaux, etc.), des reconnaissances avaient été faites par l’attaché militaire de France pour déterminer les emplacements des troupes débarquées ; les cartes nécessaires avaient été achetées ; on dressait un plan d’Athènes avec indications coloriées des maisons amies, neutres ou ennemies ; des hommes sûrs, parlant le grec et connaissant les routes, avaient été désignés pour servir de guides aux troupes débarquées.

A Athènes, les dispositions avaient été prises pour assurer les communications directement et par signaux à bras entre l’Ecole française, l’escadre et les troupes de débarquement ; les agents du Service des renseignements avaient été répartis en différents points de la ville pour tenir les chefs constamment au courant des mouvements populaires ou des déplacements de troupes. Au Pirée, la liste des maisons et personnes suspectes avait été dressée et les dispositions prises pour cerner immédiatement les centres allemands, consulats, police, etc… Les agents de la sûreté française se tenaient au consulat pour faciliter les arrestations. Sur la porte des commerçants hostiles devait être placardée une affiche spéciale portant en grec et en français les simples mots : « Consigné à la troupe, » de façon à ne faire gagner d’argent qu’aux commerçants ententistes, et c’est ce qui aurait le plus touché les autres. Les transports amenant les troupes que le général Sarrail avait promises avec empressement devaient arriver au Pirée, les musiques militaires jouant la Marseillaise et l’Hymne grec. La population applaudissait à ces préparatifs, narguait la police et se faisait une fête de pouvoir manifester ses sentiments sans danger.

L’arrivée de l’escadre et des transports restait fixée au jeudi 22 à 11 heures du matin, et d’après l’accord établi entre le Ministre de France, le général Sarrail et l’amiral Dartige, la note devait être remise à ce moment précis. Les gouvernements alliés avaient approuvé ces mesures ; la simultanéité de l’apparition de l’escadre et des transports de troupes avec la remise de la note était considérée comme indispensable.

Subitement, dans la soirée, le Ministre de France recevait l’ordre de remettre la note dès le lendemain 21, l’escadre et les troupes ne devant cependant venir que le 22, de manière à laisser au Gouvernement grec « le temps de la réflexion. » La note collective perdait ainsi le caractère d’un ultimatum qu’on