Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/305

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ce qui fait une grande différence. On ne tue un homme, soit par la guerre soit par l’échafaud, que quand il y a véritable danger public ; on n’emprisonne un homme, ou on ne l’astreint à la résidence que quand il y a danger public ; on exproprie un domaine pour faire passer une route ou embellir une ville, ce qui n’est que d’utilité ou de coquetterie générale. Voilà la différence. On trouve criminels les exécutions et massacres de la Révolution parce que la nécessité de défense sociale qu’on a invoquée pour les faire n’est pas suffisamment démontrée ; on trouve contestables seulement au point de vue politique, et gauchement brutales les confiscations de la Révolution, on ne les trouve pas criminelles, parce qu’il parait juste que l’état pour sa défense prenne l’argent où il se trouve, juste même qu’il ne permette pas un système de propriété immobilisant et rendant improductives de trop grosses fortunes ; et il est singulier que l’historien de la Révolution française, fort indulgent à l’égard des confiscations révolutionnaires, nous présente la propriété comme un droit sacré. Encore qu’elle soit inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme, ce n’est pas une raison suffisante.

Il y a aussi, à donner la propriété pour un droit, ce péril que ceux qui ne l’ont pas vont en demander, sur votre principe, le partage égal, un droit devant être le même pour tous, ou, tout au moins, que ceux qui en sont totalement privés, vont en demander une petite part et un minimum, un droit devant être, sinon égal pour tous, tout au moins tel que tous y participent. Ce fondement du livre de la Propriété est donc parfaitement erroné et ruineux.

L’ouvrage est du reste encombré, non seulement de déclamations boursouflées, mais de ces raisons faibles, raisons d’avocat qui plaide, ou de pamphlétaire faisant flèche de tout bois, qui sont indignes de Thiers et qui sont des demi-sophismes ou des sophismes tout entiers. Etablir une connexité nécessaire et inévitable entre la communauté des biens et la communauté des femmes est abuser d’une logique, du reste faible, et qui n’a même pas le mérite d’être piquante et brillamment paradoxale, comme chez de Maistre. Insister, pour défendre l’hérédité, sur cet argument que l’homme ne travaille que pour ses enfants est passer la mesure. Il n’est pas faux, cet argument ; mais il a une valeur trop mince. On sait bien que l’homme