Page:Revue des Deux Mondes - 1920 - tome 60.djvu/656

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églises et les sept chapelles de la ville sonnaient les vêpres. Au-dessus des rues tranquilles, le ramage endormeur des carillons glissait comme le songe du ciel assoupi… » Il y a, dans la littérature, un autre enfant qui, devenu homme et du reste jeune encore, a noté les coïncidences d’un certain jour et de sa naissance : à l’heure où naquit François de Chateaubriand, la tempête souffaitt du ciel sur la terre ; et c’est le tragique prélude qu’il fallait à une destinée qui ne serait point calme et qui n’aurait son apaisement qu’à l’heure de mourir. Le petit Arnaud que M. André Obey évoque, de plus modestes lendemains l’attendent. Mais enfin personne, depuis un demi-siècle, n’a raconté son enfance, ou une enfance, et ne s’est pas rappelé le premier tome des Mémoires d’outre-tombe. Autour de ce petit Arnaud de M. André Obey, comme autour de François de Chateaubriand, l’on voit des gens très singuliers et originaux, qui ont leurs manies, une entente particulière de la vie, de la rêverie et de l’activité quotidienne. La sœur Antoinette, chez qui Arnaud apprend à lire, est comique et charmante. Elle a inventé un système pédagogique. Au lieu de raconter et d’enseigner par des récits tels qu’on se les procure dans les livres l’histoire sainte, elle la fait jouer par ses élèves, dans le jardin, comme une très divertissante comédie. Arnaud est Isaac et, son ami Bellebouche, Abraham pour l’accomplissement du sacrifice bien connu. En guise de glaive, Abraham ne tient qu’une règle noire. Sait-on jamais ? A tout hasard, le nouvel Isaac, Arnaud, récite le Confiteor. Sœur Antoinette, qui, du creux d’un bosquet, doit annoncer que Jéhovah, content de l’obéissance d’Abraham, laisse la vie à l’enfant inquiet, sœur Antoinette oublie son rôle de sorte qu’Abraham, las d’attendre, inflige au jeune Isaac une volée de coups de règle. Sœur Antoinette à l’usage si habituel de songer à la mort qu’elle ne se tient pas d’en parler et, d’aventure, « avec un emportement qui atterre ses petits élèves. » Elle parle du Paradis où l’on assure que n’alla sainte Thérèse qu’après avoir séjourné au Purgatoire le temps d’une génuflexion « pour s’être dit que ses mains étaient belles ; » et de l’Enfer que rend horrible la présence des démons. Elle parle d’agonies, de saintes huiles et de cercueils. Arnaud eut, la nuit, un cauchemar si affreux qu’en définitive son père alla trouver la sœur Antoinette. Il lui déclara tout net que, destinant son fils à l’Ecole Polytechnique, il voulait un enseignement de calcul et non pas de vie éternelle : sœur Antoinette répondit que jamais Arnaud ne ferait une addition. Et on le mit au lycée. « Le premier changement fut que, malgré la prophétie de