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J’ai organisé plus régulièrement les manœuvres du 4e Bataillon de la 1re Légion.


16 octobre.

J’ai passé la soirée chez M. de Marmier mercredi dernier avec M. de La Fayette. Il m’a vu seul à la cheminée. Il est venu me parler pendant une heure de l’embarras de la circonstance ( ? ). Il m’a dit qu’il aurait désiré que, dès l’origine, on mit dans la Charte l’article de l’abolition de la peine de mort, qu’il détestait les tribunaux politiques, que la mort des ministres serait un grand mal et les rendrait intéressants et martyrs, qu’il empoêherait autant qu’il serait en lui que l’on n’arrachât les coupables aux juges. Il ne le pourra pas.

Je l’ai regardé en face tout le temps qu’il a parlé, sans cligner la paupière un instant, à ma manière. C’est un homme grand et d’un aspect assez noble. Sa figure grimace quand il est intimidé, et la fixité de mes regards le déconcertait un peu et faisait qu’il cherchait ses expressions avec un peu d’embarras. Il avait un simple habit noir sans ordres, un chapeau rond à bords larges comme ceux des puritains américains, portait une cocarde tricolore, un col noir et un gilet blanc. Cet homme est un symbole de l’idée républicaine ; mais il n’a que cette idée. Il n’est pas méchant. Il ne veut pas de sang.

On a fait la faute de discuter trop tard aux Chambres la peine de mort pour crime d’Etat. Cette exception a paru au peuple une pièce de circonstance. Il veut la mort des ministres et croit qu’on a voulu les lui soustraire. Il l’aura, cette mort, par la raison qu’il la veut.

La force publique est détruite. La révolution a fait en cela plus que de renverser une dynastie. Le peuple pourra faire ce qu’il voudra.

Dans la Terreur, un jeune homme comme Saint-Just, avec son habit bourgeois et sa ceinture rouge, commandait à des généraux, mais les soldats étaient respectés du peuple ; à présent, ils ne le sont plus et ne le seront jamais jusqu’à ce qu’une armée glorieuse et un grand général arrivent.

J’ai pris les armes dans la nuit et j’ai formé un bataillon carré et conduit trente prisonniers à la préfecture de police.


12 novembre.

J’ai dîné dimanche dernier chez le Roi ; la Reine et Madame,