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résolument pacifiques et connaissent le prix de bonnes relations avec les Américains. Mais l’ancien Japon disparait ; le Genro ne sera bientôt plus qu’un souvenir et, le voyage en Occident du prince impérial marque l’avènement d’un esprit nouveau ; les hommes politiques démocrates sont moins patients que les chefs d’une oligarchie historique. Et d’ailleurs il faut vivre ; les prophètes de mauvais augure annoncent que le conflit pour la suprématie en Chine est inévitable ; et il y a encore la question de Sibérie, où les intérêts américains se heurtent à ceux des Nippons, celle des îles du Pacifique, et enfin le conflit moral pour l’égalité des races aux États-Unis.


V. — LES JAPONAIS EN SIBÉRIE

Les Japonais vont-ils trouver dans la Sibérie orientale cette terre d’expansion et de colonisation dont ils ont besoin ? Durant la guerre, ils l’y ont cherchée avec ténacité ; par-là s’explique leur politique à l’égard de la Russie.

Les Japonais ont pris pied sur le continent lorsque le traité de Portsmouth leur a donné le protectorat d’un Empire de 17 millions d’âmes, jusque-là vassal de la Chine, la Corée. Un décret du 22 août 1910 transforma le protectorat en annexion, sans que l’Europe fit écho à la protestation des Coréens. Dès lors, la mainmise de l’Empire nippon sur la Corée devient de plus en plus étroite, à mesure que l’hostilité russo-japonaise de 1904 se transforme en entente, puis en alliance. Les Coréens ont profilé de la Grande Guerre et de la Conférence de Paris pour renouveler, au nom du droit des peuples, leurs protestations ; ils reconnaissent les bienfaits de la civilisation que leur apporte le Japon, mais ils se plaignent que son administration travaille à dénationaliser leur peuple. En mars 1919, des troubles éclatèrent ; les funérailles de l’ancien empereur furent l’occasion de manifestations nationalistes, de grèves des bras croisés. Les agents bolchévistes n’ont pas manqué de profiter des circonstances pour entretenir en Corée un foyer de résistance et de troubles. Dans l’été 1920, une mission composée de membres du Congrès des États-Unis visita la Chine et les pays voisins ; elle put voir de près en Corée les procédés de la police nippone et recueillir les doléances des habitants. La propagande nationale est entretenue par des sociétés secrètes : le