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REVUE DU PAYS DE CAUX

envers la France, a rendu ces temps-ci un iradé reconnaissant à l’Italie le droit de protection sur ses nationaux en Terre Sainte. Il est sorti de là une situation assez étrangement paradoxale ; on voyait d’une part l’Italie aller à l’encontre du protectorat traditionnel de la France, à l’heure même où elle cherchait à se rapprocher de celle-ci ; on voyait le Pape résister aux empiètements d’un gouvernement qu’il considère comme usurpateur et travailler à maintenir les droits de la France au lendemain du jour où celle-ci, par la loi sur les associations, venait d’affecter si cruellement le chef de la religion catholique ; on voyait enfin le Sultan accorder une satisfaction importante à une puissance qui se prépare à le dépouiller d’une partie de ses états. Ce dernier point enlève à l’incident beaucoup de sa portée. En prenant la Tripolitaine, et l’Italie s’en emparera au premier jour, puisqu’elle a l’agrément de la France, celui de l’Angleterre et sans doute celui de l’Allemagne, elle s’aliènera les sympathies du Sultan bien plus profondément que n’a pu le faire la France en occupant Mitylène. Le protectorat Français en Orient n’est donc pas très menacé par l’Italie ; il l’est davantage par l’Allemagne. Nos gouvernants font leur devoir en défendant de leur mieux cet antique privilège. Maintenant ayons la franchise de reconnaître qu’il est suranné et que si d’autres s’en trouvaient investis à notre place, nous serions, avant tout, anxieux de le leur arracher. Dans le monde d’aujourd’hui, si étroitement nationalisé, il paraîtra toujours odieux à un Autrichien, à un Anglais ou à un Espagnol de se sentir protégé par le consul d’une puissance étrangère, au lieu de l’être par le représentant de son propre pays. Et c’est là un sentiment trop naturel pour n’être pas légitime.

Les voyages du prince de Bulgarie.

Le prince Ferdinand de Bulgarie n’est pas revenu bredouille de son voyage en Russie, et le fait, qu’après avoir visité Saint-Pétersbourg il s’est rendu à Paris, aurait suffi à indiquer l’importance politique des questions traitées entre lui et l’empereur Nicolas. Mais on n’a pas pris la peine de s’en cacher et la signature de la convention militaire qui unit désormais le puissant empire et la jeune principauté est connue de toutes les chancelleries. C’est en somme, l’accession pure et simple de la Bulgarie à l’alliance