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REVUE DU PAYS DE CAUX

À son âge avancé, il accepte encore le temps pour collaborateur ; sous forme de brochures qui sortent par millions des imprimeries de Birmingham, il sème à pleines mains le grain dont il veut ensemencer le sol ; et tranquillement, il attendra la moisson. Cette moisson viendra-t-elle ? Ce n’est pas certain ; admettons même que ce soit improbable. Quelque chose germera toujours et quelque chose d’impérialiste ; le rapprochement de la mère-patrie et de ses filles aura fait un pas de plus ; les chances de désagrégation auront encore reculé. Or, voilà, pour le monde, le fait important. Chamberlain, sans doute n’achèvera pas son travail ; mais il aura si bien enfoncé son idée dans les cerveaux anglo-saxons qu’il faudra longtemps pour que l’effet de ses initiatives s’atténue.

Le pauvre M. Balfour a perdu, dans cette crise, encore un peu de son prestige et il n’en a pas énormément à perdre. Il ressemble à ces fauteuils dont la belle dorure ancienne s’écaille au moindre choc ; un moment arrive où le nombre des éclats devient si grand qu’il faut de toute nécessité refaire la toilette du meuble et le confier au doreur. M. Balfour, bien que jeune d’âge et encore plus de renommée, devra bientôt se chercher un doreur. Pour l’instant, il a bouché les vides de son cabinet avec des personnalités de mince épaisseur ; à noter seulement que M. Austen Chamberlain est devenu chancelier de l’Échiquier, c’est-à-dire ministre des finances et que la succession de son père aux colonies n’est échue à M. Lyttleton qu’après avoir été offerte au trop fameux lord Milner. Cela prouve que le ministère n’abandonne nullement la politique impérialiste ; sur le terrain économique, M. Balfour est plus vacillant ; il a pris soin de se proclamer libre échangiste tout en s’exclamant que les temps ont marché depuis Cobden et que le moment est certainement venu de faire un peu de protection. Comprenne qui pourra. Cela fait le jeu des libéraux qui probablement arriveront au pouvoir jusqu’à ce que Chamberlain le reconquière — s’il y parvient.

L’activité du roi Léopold.

Cette même Angleterre donne beaucoup de fil à retordre à Léopold ii, non point en qualité de roi des Belges mais en celle de souverain du Congo. La campagne contre l’infortuné royaume africain coupable de barrer la route aux Anglais et de leur soustraire des recettes avantageuses, continue de plus belle, et c’est