Page:Revue maritime et coloniale, tome 18.djvu/705

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l’islamisme dans le Soudan central, que Barth put le parcourir pendant cinq ans, de 1850 à 1855. Il fut accueilli par Allou, deuxième successeur de Bello ; il put visiter une grande partie du pays et rapporter une énorme quantité de documents.

MM. Mage et Quintin, dans leur voyage au Soudan occidental, n’ont malheureusement pas eu les mêmes facilités que leur illustre devancier ; ils sont tombés au fort d’une lutte formidable entre deux partis qui se disputent encore la domination de cette partie de l’Afrique, lutte que nous allons faire connaître.

Après la mort d’Abdou-el-Kader, en 1770, les marabouts du Fouta sénégalais, satisfaits de voir leurs missionnaires guerriers fonder partout des empires puissants en Afrique, celui du Haoussa, dont nous venons de parler, celui du Macina, sous cheikh Ahmadou Labbo, sur le Niger, entre Ségou et Tombouctou, et celui du Fouta-Dialon, dominant la côte occidentale d’Afrique entre la Casamance et Sierra-Leone, étaient restés assez calmes chez eux jusque dans ces derniers temps. Ils se contentaient de nous faire payer tribut et d’avoir, chaque année, des démêlés peu sérieux avec les gouverneurs du Sénégal. Mais en 1854 un réveil du fanatisme, une recrudescence de l’esprit de prosélytisme les jeta dans de nouvelles et vastes entreprises. El Hadj Omar, torodo des environs de Podor, prêcha une guerre sainte, et après avoir été repoussé par nous de la partie navigable du Sénégal, entreprit la fondation d’un vaste empire Poul musulman occidental sur le haut Niger et le haut Sénégal, pour faire le pendant de l’empire Poul oriental fondé par Othman dans Fodie.

M. Mage, attaché à la station locale du Sénégal, eut occasion de prendre part à la fin de nos luttes contre ce terrible marabout et ses adhérents.

En 1862, El Hadj Omar avait conquis une étendue de pays de 80,000 lieues carrées, et il avait fait reconnaître son autorité jusque dans Tombouctou, après avoir conquis le Macina, dont cette ville reconnaissait la suzeraineté. C’est surtout sur les ruines des deux derniers États idolâtres de cette partie du Soudan qu’il avait fondé le nouvel empire, savoir : le Kaarta, sur la rive droite du haut Sénégal, et le Ségou, sur le haut Niger.

Ces deux pays étaient dominés par les Bambara (ou plutôt Bamana, comme ils s’appellent eux-mêmes), appartenant à cette grande et vigoureuse race mandingue ou Malinké, dont il a déjà été question dans l’histoire de Ghana. Parfaitement nègres quant à la couleur de le peau et à la nature des cheveux, ils ne ressem-