Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/38

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moment la population qui résidait dans la péninsule, en territoire anglais, n’avait pris ou même menacé de prendre les armes contre ses maîtres.

En dépit de leurs affirmations, nous nous imaginions que nos interlocuteurs devaient se tromper. Le dirons-nous ? notre désir était de nous convaincre nous-même qu’ils faisaient erreur. L’amertume que ces souvenirs suscitent en nous eût été amoindrie par la certitude que la déportation avait eu une cause avouable. Nous aurions alors confondu ou essayé de confondre ces néfastes événements avec tant d’autres qui, à des époques reculées, ont frappé indistinctement toutes les nations. Quelque cruel qu’ait été un châtiment, l’idée qu’il a été en partie mérité est déjà en soi une consolation[1], le pardon et l’oubli deviennent possibles, si ce n’est même un devoir.

Or, l’étude consciencieuse que nous avons faite ne nous a pas donné cette consolation-là. Nous avons au contraire acquis, au cours de nos recherches, la persuasion absolue que la tradition était, sur le point qui nous occupait, le fidèle écho de la vérité historique. Ajoutons seulement, si extraordinaire que cela puisse paraître, que le gouvernement de la métropole ne fut pour rien dans l’arrêt et l’exécution de la mesure barbare dont le souvenir causera toujours une impression douloureuse au monde civilisé[2].

  1. C’est presque la réflexion de l’Évangile :

    « Et nos quidem juste, nam digna factis recipimus ; hic vero nîl mali gessit. »

    « Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n’a rien fait de mal. » — Luc. XXIII, 41.

  2. Cette assertion n’est pas juste, dans son ton absolu. Nous ne pouvons cependant croire que l’auteur l’ait faite par esprit de ménagement envers la couronne Britannique. Richard n’occupait aucune situation officielle quand il a composé son ouvrage, et il n’attendait aucune faveur de la Grande Bretagne et de ses représentants au Canada. Sa probité l’eut d’ailleurs empêché de lancer une