Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/39

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Il est des événements ou des hommes qui s’imposent à l’attention de leurs contemporains avec une telle force qu’il semble que leur souvenir subsistera longtemps et sera même consacré par l’histoire. Ils passent cependant sans laisser de trace ; le vain bruit qu’ils ont fait s’éteint dans un prompt oubli. D’autres, moins importants en apparence et moins remarqués, se prolongent indéfiniment dans l’avenir, sans rien perdre de l’intérêt qu’ils avaient d’abord suscité. Enfin, certains faits ou certains personnages paraissent grandir en raison de la distance qui nous en sépare : ils prennent d’autant plus de majesté qu’ils s’enfoncent dans un passé plus lointain[1]. Dans l’antiquité, le siège de Troie, le combat des Thermopyles, les noms d’Homère, de Socrate, de Platon ; dans les temps modernes, la Grande Charte, la St-Barthélemy, Colomb, Shakespeare, Washington, voilà de ces choses et de ces hommes qui projettent dans l’histoire une ombre gigantesque. Ainsi en sera-t-il, croyons-nous, de la déportation des Acadiens[2]. Ce fait unique de la dispersion d’un peuple prendra toujours plus

    pareille affirmation si les documents lui eussent fourni la preuve du contraire. Il était seulement insuffisamment renseigné sur ce point particulier que la mise au jour des archives coloniales a permis d’élucider depuis, comme nous le montrerons.

  1. Cette dernière phrase nous remet en mémoire la belle pensée de Cormenin, dans son Livre des Orateurs : « Les hommes extraordinaires sont comme les montagnes ; et leur image nous paraît d’autant plus grande qu’elle s’éloigne davantage de notre vue, et qu’elle s’élève toute seule sur les confins de l’horizon. »
  2. C’est beaucoup dire. Enthousiaste de son sujet, l’auteur verse ici dans une déclamation qui s’allie mal avec le ton pondéré que nous attendons de l’historien. Nos lecteurs ramèneront toutes choses à leurs véritables proportions. Et pourquoi Richard ne signale-t-il pas à cet endroit le démembrement et le partage de la Pologne ? C’est bien là pourtant le fait de l’histoire moderne qui présente le plus d’analogie avec le drame acadien.