Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/54

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qui pouvaient inspirer la conduite de ce despote, de saisir les indices qui permettront de juger de son caractère et de ses actes. Si donc, analysant ces pièces officielles dans lesquelles le gouverneur n’a dit que ce qu’il a voulu et a eu toute liberté de s’attribuer le beau rôle et de donner aux mesures qu’il a prises la couleur de la légalité, l’historien parvient cependant à percer leur louche phraséologie, à montrer ce qui se cache sous leur forme habile, et à prouver de façon péremptoire que tel acte public a eu pour cause déterminante, non pas les raisons fictives qui sont données là, mais de tout autres mobiles, honteux et inavouables, et que cette conclusion s’impose avec toute la force de l’évidence, — certes, pareil résultat serait bien propre à créer l’étonnement.

Or, ce résultat, nous l’avons atteint dans l’examen des documents rédigés par Lawrence et ses complices[1]. Les

  1. Sur Charles Lawrence, consulter surtout la pièce qui se trouve parmi les papiers du Dr Brown, et intitulée Lawrence’s Character. V. Le Canada-Français. Documents inédits etc. Tome I, p. 142 et Seq.) « C’est, dit l’abbé Casgrain, un portrait de son caractère, fait de première main par ses propres compatriotes, les colons d’Halifax. Cette pièce nous apprend comment cet individu de bas-étage, d’abord simple apprenti-peintre en bâtiments, était parvenu jusqu’au grade de gouverneur de la Nouvelle-Écosse ; comment, dans ce haut poste, il avait gardé son caractère de parvenu ; quelle espèce de tyrannie il faisait peser sur ses concitoyens ; à quel genre de corruption il se livrait ; par quelles fraudes il avait accaparé à son profit et au profit de ses favoris les dépouilles des malheureux Acadiens… »

    « Lawrence mourut de la mort des persécuteurs, frappé dans la force de l’âge par un mal foudroyant, au sortir d’un bal public donné, paraît-il, en réjouissance de la capitulation de Montréal. »

    Un Pèlerinage au pays d’Évangeline — c. III, p. 90 et ch. XIe, p. 216 — Paris, Libr. Léopold Cerf. 1889.

    Lawrence était venu en Nouvelle-Écosse avec le 45e régiment ; il avait alors le grade de major ; il fut fait membre du conseil de cette province le 19 octobre 1749, et l’année suivante commanda une petite expédition à Chinecto ; c’est à cette occasion que fut bâti le fort Lawrence, au fond de la baie de