Page:Richardson - Clarisse Harlove, II.djvu/68

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vertu si solidement affermie. Que Dieu défende une ame si pure des atteintes de la surprise et de la violence ! Daignez soulager, chère miss, je vous en conjure, mon cœur trop inquiet, par deux mots que vous aurez la bonté de donner au porteur, pour m’assurer aussi fortement qu’il vous sera possible, que l’honneur de ma chère fille est respecté. S’il ne l’a pas été, il faut renoncer pour le reste de mes jours à toutes les consolations de la vie ; car je ne connais rien qui soit capable d’en procurer à la pauvre.



Miss Howe, à Madame Norton.

samedi au soir, 13 mai. Chère et excellente femme, l’honneur de votre incomparable élève est sans tache, et ne cessera jamais d’être tel, en dépit des hommes et de toutes les puissances de l’enfer. S’il y avait eu quelque espérance de réconciliation, mon unique vue était de l’arracher à cet homme-là. Ce que je puis dire à présent, c’est qu’elle doit courir le risque d’avoir un mauvais mari ; elle, dont il n’y a pas d’homme qui soit digne. Vous plaignez sa mère : c’est de quoi je suis bien éloignée. Je ne plains pas ceux qui se mettent dans l’impuissance de marquer de la tendresse et de l’humanité, par de misérables vues de repos et d’intérêt propre, que le moindre souffle peut troubler. Non, je n’en plains pas un seul. C’est à ma chère amie que je dois toute ma compassion. Sans eux, elle ne serait jamais tombée dans les mains de cet homme-là. Elle est irréprochable. Vous ne savez pas toute son histoire. Quand je vous dirais qu’elle n’a pas eu l’intention de partir avec lui, ce serait la justifier inutilement : ce serait condamner seulement ceux qui l’ont poussée dans l’abyme, et celui qui doit être à présent son refuge. Je suis votre servante et votre amie sincère,



Madame Harlove, à Madame Norton.

samedi, 13 mai. J’exécute ma promesse, en répondant par écrit à vos informations. Mais gardez-vous d’en parler à personne ; soit à la Betty de ma fille Bella, qui vous rend quelquefois visite, à ce que j’apprends ; soit à la pauvre malheureuse elle-même : à personne en un mot ; je vous le recommande absolument. J’ai le cœur plein ; je me soulagerai en prenant la plume : et peut-être m’arrêterai-je bien plus à la peinture de mes peines, qu’à la réponse que je vous ai promise. Vous savez combien cette ingrate personne nous a toujours été chère. Vous savez quel plaisir nous nous faisions de nous joindre à ceux qui la voyaient ou qui conversaient avec elle, pour la louer et pour l’admirer. Il nous arrivait même assez souvent de passer les bornes d’une certaine modestie, qui devait nous rendre plus réservées, parce que c’était notre fille.