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la chanson des gueux

Et marmottait les mots de printemps et de roses.
Soudain je vis rouler des larmes dans son œil.
Son maigre poing cogna la planche du cercueil.
Et le vieillard parla. Dans les jets de fumée
Qu’il tirait à flocons de sa pipe allumée,
Sa voix rauque et mordante en sons aigres siffla.
Tandis que j’écoutais, voici comme il parla :

*

Il fut un temps, mon camarade,
Un temps qui ne reviendra point,
Où je vivais en rigolade,
La main au pot, le verre au poing,

Où sous mes joyeuses guenilles
Battait un cœur plein de printemps,
Où j’ai biscoté bien des filles
Que je payais de mes vingt ans,

Un temps où j’étais passé maître
Comme ferlampier, franc luron,
À qui le monde semblait être
Une fête où l’on danse en rond.

Las ! las ! jeunesse disparue,
Tu t’en vas, songe décevant,
Ainsi que la tête bourrue
D’un chardon s’échevèle au vent.