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les gas

Et puis on mangera la soupe de poissons
Avec un bon pichet de cidre et des chansons.
Parbleu ! le vent n’est pas toujours si mauvais drille.
La mé n’est pas toujours rèche comme une étrille.
Vois, elle est douce, un peu frissante, mais pas plus.
C’est la brise qu’il faut pour traîner les chaluts.
Le bateau va comme en rivière une gabare,
Sans personne au compas, et le mousse à la barre.
Il faudrait n’être qu’un failli chien de terrien
Pour geindre en ce moment et se plaindre de rien.
Va, du gas, et les pieds pendus sur la poulaine,
Pare à reprendre en chœur le refrain à voix pleine !

Nous étions trois mat’lots de Groix
Nous étions trois mat’lots de Groix,
Nous allions de Belle-I-Isle à Groix,
Mon tradéri tra trou lon la,
Mon tradéri tra-lanlai-ai-aire !

Bien sûr ! Pourquoi donc triste ? Ah ! le sort des marins,
Un sort à faire envie, une vie à trois brins !
Bitte et bosse, qu’on dit en langue matelote !
Mousse à douze ans. Ensuite, un congé sur la flotte.
Puis, jusqu’à cinquante ans, inscrit. Après, largué !
Quand près d’un demi-siècle on a bien navigué,
On touche, en s’échouant épave sur la grève,
Cent soixante-dix francs de pension. Quel rêve !
Mais sur nos pieds pendus vient poudrainer l’embrun.
Attrape à prendre un ris, mon garçon ! Encore un !