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la mer

V’là la mé qui se fâche et la lame qui brise.
A c’t’ heure, c’est ]e vent du nord qui souffle en brise.
Mauvais bougre de vent qui vous jette aux récifs,
Et gifle à contre-poil les paquets d’eau poussifs.
Range à virer ! Le vieux nous chatouille le ventre,
Et les filins tendus ronflent creux comme un chantre.

Nous allions de Belle-Isle à Groix,
Nous allions de Belle-Isle à Groix,
Le vent du Nord vint à-à souffler.

C’est vrai, qu’il souffle, tout de même, et pas pour rire.
L’eau clapote en bouillons comme une poêle à frire.
Ben ! qu’il gimble tant qu’il voudra dans les agrès !
Nous en avons troussé bien d’autres au plus près.
Ce n’est pas encor lui qui verra notre quille.
Souffle, souffle, mon vieux ! Souffle à goule écarquille !
Souffle à t’époumonner ! Nous n’y serons pas pris.
Car la barre tient bon, la toile a ses deux ris,
Et l’homme est plus malin que la mer n’est méchante.
Nous sons parés, mes gas. Holà, du mousse, chante !

Nous allions de Belle-Isle à Groix,
Nous allions de Belle-Isle à Groix,
Le vent du nord vint à-à souffler,
Mon tradéri tra trou lon la,
Mon tradéri tra lanlai-ai-aire !

Et la voix du pêcheur qui va toujours ramant,
Là-bas, à l’horizon, n’a pas un tremblement