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la mer

Et les hordes disséminées
Retombent à leurs destinées
En routes indisciplinées
Qui n’ont plus pour guide le vent,

Ainsi sur les steppes des vagues,
Atomes de l’eau, vous rouliez,
Mystérieux, mornes et vagues,
Sans vous connaître, par milliers,
Quand soudain passe la tempète
Jetant un appel de trompette
Que l’un à l’autre on se répète
Dans le désert où vous alliez.
L’onde inconsistante qui coule
Devient ressac, barre de houle,
Lame de fond, et votre foule
Escadronne ses cavaliers.

— Au galop ! En avant ! Nous sommes
Serrés dans nos gouffres étroits.
Premiers nés du globe où les hommes
Veulent être aujourd’hui les rois,
Que notre empire ancien renaisse
Comme aux temps de notre jeunesse,
Qu’une autre fois le sol connaisse
Le linceul de nos baisers froids,
Et que la terre se nivèle
Encor sous une mer nouvelle,
Tête ronde qui s’échevèle
De nos flots hérissés tout droits ! —