Page:Richepin - La Mer, 1894.djvu/296

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
282
la mer

Les jours de calme il transparait.
Mais que de merveilles voilées
Au fond ténébreux des vallées
Dont nulles mains ne sont allées
Effeuiller le vierge secret !

Là, ce sont des fourrés sans route
Et d’inextricables buissons.
Des clairières, des prés, où broute
Un tas de gueules en suçons.
Ce sont des jungles, des savanes
Où défilent par caravanes
De phantasmatiques poissons ;
Obscure, muette et mouvante,
C’est la forêt de l’épouvante,
Où la plante marche, vivante,
Où les pierres ont des frissons.

Là, subtiles ou bien épaisses.
Aspects et tons capricieux,
S’épanouissent les espèces
Que jamais ne verront nos yeux,
Les frondaisons intarissables
Qui dans les vases et les sables
Poussent leurs jets silencieux.
Arbres fous, folles graminées
Au fond du gouffre enracinées,
Et dont les sombres destinées
Ont le plafond des flots pour cieux.