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la mer


Pauvre fou, sertisseur de rimes,
C’est vainement que tu t’escrimes
Dans ce long duel contre la mer.
Tes vocables et leur tapage,
Dans ta cervelle et sur ta page
Ça n’a plus du tout le même air.

Ainsi, quand s’en va la marée,
Sur la plage humide et moirée
De tons bleus, verts, blancs, violets,
Jaunes, roses, l’on voit éclore
En parterre multicolore,
Dans l’or du sable, les galets.

L’eau qui les mouille encor par place
Y brille, y miroite, les glace
De son resplendissant vernis.
Tiennent le soleil et la brise !
Ils sèchent. Sur l’arène grise
S’éteignent les cailloux ternis.

Ainsi mes plus claires idées
Ont des nuances décidées
Quand le songe y met son cristal ;
Mais le cristal se vaporise
Au premier souffle de la brise,
Au soleil du papier brutal ;