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les litanies de la mer


Salut, pleine de grâce en fleurs, Reine des anges
Au manteau d’émeraude ourlé de vif-argent,
Ô mer qui bois nos pleurs, qui déterges nos fanges,

Qui laves sans dégoût les pieds de l’indigent,
Reine qui fais éclore aux vagues où tu marches
Un jardin de joyaux et d’oiseaux ramageant,

Reine dont l’auréole est le grand pont sans arches
De l’arc-en-ciel ouvrant ses bras aux malheureux ;
Reine douce aux vieillards, Reine des patriarches,

Qui redeviens servante et nourrice pour eux.
Et parfumes leurs jours derniers de longues fêtes,
Soufflant à leurs poumons ton souffle généreux ;

Reine de poésie et Reine des prophètes ;
Car ceux qui vont portant des ombres dans leurs yeux,
C’est de ton infini que leurs ombres sont faites ;

Et ceux qui vont criant de grands mots vers les cieux,
Et dont le cœur s’épuise à réchauffer les nôtres,
Ces grands mots exaltés au vol audacieux

C’est toi qui les leur dis pour les redire aux autres.
Ô toi, langue de feu qui viens les embraser,
Ô Reine des martyrs et Reine des apôtres,

Ô reine qui leur mets aux lèvres ton baiser.
Ta palme dans la main, ta foi dans les prunelle,
Et les forces d’aller et d’évangéliser !