Page:Rocheblave - Pages choisies des grands ecrivains - George Sand.djvu/25

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Les deux années qui s’écoulèrent entre sa sortie du couvent et son mariage (1822), furent décisives pour son développement. Rendue à la liberté de Nohant, savourant enfin les plaisirs de l’esprit et du cœur auprès d’une grand’mère que sa fin prochaine attendrissait et améliorait chaque jour, elle se refit en quelque sorte une éducation. Une transformation insensible, où la force impulsive de la nature entrait pour une part, et les lectures méditées pour une autre part, la conduisait peu à peu de l’état d’ascétisme à l’état de généreuse humanité. Au catholicisme ardent succédait sans effort dans son cœur un idéalisme sans dogme, pénétré d’art et de tendresse. Les deux années de cette formation solitaire valent pour G. Sand les six années d’éducation de Rousseau aux Charmettes. L’un et l’autre sont partis de là. Un temps d’arrêt dans l’âge adulte, un examen réfléchi de leurs idées, de leurs sentiments, à la lumière des plus beaux livres de l’humanité, a dégagé, même à leur insu, leur vraie nature, et mis en liberté leur génie. Chez G. Sand ce travail fut peut-être moins conscient, car elle était plus jeune, et les effets ne s’en montrèrent que bien plus tard ; mais il n’en était pas moins profond La mort de sa grand’mère (fin de 1821) accrut encore sa liberté. Déjà le Génie du christianisme, qu’elle avait lu avec elle, l’avait détournée du dogme en l’inclinant vers l’art où elle penchait. Les philosophes, les orateurs et les penseurs, Bossuet avec Montesquieu, Condillac avec Leibnitz, Bacon avec Pascal ; puis les poètes, Dante, Virgile, Milton, Pope, Shakespeare, lus sans ordre ni méthode, mais