Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/125

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loin les poètes, même illustres, dont les Nuits paraissent, en regard, bien déclamatoires et fausses. D’ailleurs, elle a exprimé toutes les amours : amour de jeune fille, d’amante heureuse ou délaissée, d’épouse, de mère. Elle a dit toutes les nuances du grand cri. Et avec des trouvailles d’une intensité inouïe. « Tu ne sauras jamais à quel point je t’atteins », dit-elle à l’homme qu’elle aime. Puis vient cette notation, si spéciale a la femme en amour, de songer à la mère de l’amant qu’elle adore, par qui il fut aussi aimé d’un amour de femme illimité. C’est presque une jalousie, mais très douce, à cause des souvenirs communs. Et elle a ce cri virginal pour s’affirmer plus aimante. : « Plus grand que son amour, mon amour se donna. » À propos de ses enfants, elle note : « Cet amour-là fait souffrir aussi, comme l’autre. »

Cent choses d’une psychologie, d’une pénétration, d’une divination qui va jusqu’au plus secret de la tendresse, jusqu’au plus tenu des fibres intérieures, jusqu’au plus infinitésimal des contacts du cœur avec les autres cœurs ; et tout cela vu comme aux lueurs d’un éclair, tout cela pathétique, attendrissant, comme si, chaque fois, elle avait pleuré sur son vers au moment où il se traçait sur le papier, et qu’il fût né moins dans l’encre que dans une larme.

Car tout aboutit invariablement à des déses-