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LA PASSANTE


Car les heureux, d’instinct, ne marchent qu’au soleil
Et les tristes marchent à l’ombre ;
Et de nous en aller du même côté sombre,
Nous nous sommes sentis pareils…

J’ai compris ta détresse et toi mon amertume,
Martyrs d’un idéal trop beau,
Ô moi qui dans tes yeux regardais des tombeaux,
Ô toi qui dans les miens regardais de la brume !

Tristesse sans issue et qui était la nôtre :
Moi résigné ;
Toi, trop pâle d’avoir longtemps saigné ;
Oh ! nous qui aurions pu être heureux l’un par l’autre !

J’allais je ne sais où ; tu allais autre part ;
Ô toi qui t’en allas,
Ô toi si lasse, ô moi si las
D’un amour impossible et qui viendrait trop tard.

Nous nous sommes quittés comme dans un adieu,
Sans nous être parlé pourtant… ô cette angoisse !
Petite mort… et une cloche de paroisse…
Et nos yeux se sont fait des adieux, jusqu’à Dieu !


1896