Page:Rodenbach - La Jeunesse blanche, 1913.djvu/39

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
36
CHOSES DE L’ENFANCE


Nous pleurions longuement Graziella trahie
qui, n’ayant pu laisser tel qu’un tapis moelleux
Son amour sous les pas du poète oublieux,
Sans bague au doigt fut mise en sa bière fleurie !

Mais tout là-bas, au bord rivages houleux
Où priera l’avenir sur sa tombe odorante,
Nous autres, négligeant la morte de Sorrente,
Nous cherchions dans la mer l’infini des yeux bleus.

À travers l’idéal des grandes eaux dormantes,
À travers l’idéal des beaux vers consacrés,
Nous pouvions voir déjà, pendant ces soirs sacrés,
Appareiller vers nous nos futures amantes !

Tout nous parlait d’hymen, de baisers et d’aveux !
Et dans la barque d’or des strophes amoureuses
Les rimes accordaient leurs rames langoureuses
Pour amener vers nous la vierge de nos vœux !

La douceur de la mer méditerranéenne
Chantait dans les flots bleus des vers pleins de langueur
Qui venaient déferler sur la plage du cœur
Avec un bruit de robe et des frissons de traîne !