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PROLOGUE


À vous qui comprenez, sans l’avoir fait, le mal
Et la fatalité qui dort au fond des choses,
Et qui rêvez aussi devant les couchants roses
Où passent des sanglots dans le vent aromal,

À vous dont le pardon m’est acquis par avance
Pour le noir qui se mêle aux blancheurs d’autrefois,
Je veux vous raconter lentement, à mi-voix,
Tout le bonheur obscur de mon heureuse enfance.

Enfance ! éloignement d’où lui vient sa douceur !
Nuance où la couleur s’éternise en sourdine,
Religieux triptyque ombré d’une patine
Qui met sur les fonds d’or son vernis brunisseur.

Jeunesse ! Enfance ! attrait des choses disparues ;
Astres du ciel plus clairs dans l’étang bleu du cœur !
Chanson d’orgue criard dont toute la langueur
Expire en sons blessés dans le lointain des rues.

Je veux vous évoquer la ville aux pignons noirs,
Vieille ville flamande où les paroisses proches
Lorsque j’étais enfant, faisaient pleurer leurs cloches
Comme un adieu de ceux qui mouraient dans les soirs !