Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/51

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Et l’on entend toujours la plainte de la vie !
Car, malgré notre vœu d’exil, nous nous créons
Une âme solidaire et qui s’identifie
Avec la rue en pleurs dans les accordéons.

Et peut-on empêcher ses vitres sous la pluie
D’être comme un visage exsangue, couronné
Par des épines d’eau que le vent obstiné
Tresse parmi le verre en pleurs, que nul n’essuie !
Vitres pâles, sur qui les rideaux s’échancrant
Sont cause que toujours la vie est regardée ;
Vitres : cloison lucide et transparent écran
Où la pluie est encor de la douleur dardée.
Vitres frêles, toujours complices du dehors,
Où même la musique, au loin, qui persévère,
Se blesse en traversant le mensonge du verre
Et m’apporte sanglants ses rythmes presque morts !